Musée romain

Les débuts d'Aventicum

Maquette de l’oppidum du Mont-Vully.
Photo Service archéologique de l’Etat de Fribourg

Le nom Aventicum dérive du nom d'une divinité celtique des eaux, Aventia, déesse locale, tutélaire de la cité romaine.
La région d'Aventicum a été occupée à maintes époques; son accès facile au réseau fluvial et lacustre est un facteur favorable au développement du commerce et des échanges. Les traces d'une occupation du site antérieure à la Conquête romaine ont été repérées à plusieurs reprises intra et extra muros (Bronze final, époque de Hallstatt, période de la Tène).

En 58 av. J.-C., les Helvètes, rassemblés sur l'oppidum du Mont-Vully, quittent leurs maisons et migrent en direction du sud-ouest de la Gaule. Ils sont défaits à Bibracte (le Mont-Beuvray en Bourgogne), vaincus par l'armée de Jules César et sont contraints de rebrousser chemin. Il est possible qu'une partie d'entre eux s'installe alors sur la hauteur du Bois-de-Châtel au sud d'Avenches. Il est probable que la colline d'Avenches ait également pu leur servir de refuge.

Estampille du potier L. Tettius Crito sur une assiette en
terre sigillée d'Italie centrale. Fin du 1er siècle av. J.-C.

De rares vestiges sont datés de la période qui précède immédiatement la mise en place d'un premier programme urbanistique, soit du 1er siècle av. J.-C. Découverts en contexte religieux, ils proviennent de sanctuaires ou de tombes situés sur les flancs de la colline d'Avenches. Ce mobilier précoce se caractérise par des objets de culture celtique, tels que les fibules, les céramiques peintes ou grises fines et les monnaies. Il atteste également des relations commerciales avec l'Italie et la Gaule. Le coin monétaire est particulièrement intéressant. Dans tout le monde celtique, nous n'en connaissons pas plus d'une trentaine d'exemplaires dont un découvert au Mont-Vully. Il s'agit d'un moule en bronze dans lequel on frappait l'avers d'un denier gaulois.

Contemporaine des débuts d'Aventicum, une tombe à incinération, trouvée en contexte d'habitat, date de la fin du 1er siècle av. J.-C ou du début du 1er siècle apr. J.-C. L'urne, une petite coupe en céramique, contenait les restes des cendres de la défunte sur lesquels reposaient deux fibules en bronze.

Coin monétaire celtique

Grâce au bois conservé dans le sol, il a été possible de dater précisément l'abattage des arbres qui ont servi à la construction des premiers aménagements urbains connus d'Aventicum. L'apport de la dendrochronologie (datation par l'analyse des cernes du bois) est ici particulièrement efficace. Ainsi, dès 5 apr. J.-C., débutent les travaux de construction du port et les bois des maisons les plus anciennes découvertes à ce jour, qui s'organisent selon un plan orthogonal caractéristique des villes romaines, sont abattus en automne/hiver 6/7 apr. J.-C.

 
Dédicace à la déesse Aventia. Pierre calcaire. 1er-3e siècles apr. J.-C.
Deae/Aventiae/Cn(aeus) Iul(ius)/Marcellinus/Equester/d(e) s(ua) p(ecunia)
"A la déesse Aventia. Cnaeus Iulius Marcellinus, de la Colonie Equestre, (a fait ériger ce monument) à ses frais"

Les indigènes

La majorité des habitants de la cité romaine d'Aventicum sont des indigènes helvètes d'origine celtique, présents dans la région avant la conquête; d'autre part on trouve des Romains, envoyés par l'empereur afin de développer la cité. Les autochtones furent romanisés en l'espace d'une génération. Rome accorda à bon nombre de familles aristocratiques celtes la citoyenneté romaine peut-être en échange de certains services ou de quelque territoire. La population indigène adopta rapidement les moeurs et les habitudes des conquérants, mais la culture et les traditions celtiques survécurent néanmoins. L'héritage des Celtes transparaît dans l'art, la religion, l'écriture, l'artisanat, la coiffure ou l'habillement.

La langue et l'écriture

Col d'amphore du 1er siècle apr. J. C.
comportant une inscription peinte indiquant son contenu:
Excel(lens)/flos...
"
Excellente fleur..."
(sous-entendu de garum : sauce de poissons)

Les Helvètes parlaient une langue celtique, le gaulois, qui divergeait probablement d'une région à l'autre de la Gaule. Il s'agissait d'une langue essentiellement parlée. Les rares témoignages que nous en avons concernent des documents écrits de moindre importance qui n'offrent que peu de renseignements sur la culture celtique. Les Gaulois écrivaient initialement leur langue en caractères grecs. L'arrivée des Romains entraîne la propagation d'une nouvelle langue, le latin, qui sera plus ou moins comprise et adoptée suivant la densité de l'immigration romaine.

Nous ne connaissons pas à Aventicum d'inscriptions transcrites en gaulois. On repère de temps en temps des noms gaulois écrits en mélangeant les deux alphabets grecs et latins.

On peut penser que dès le 1er siècle apr. J.-C, les habitants d'Aventicum comprenaient le latin. Preuves en sont les inscriptions funéraires et honorifiques, les dédicaces ou les graffitis tracés à la pointe sur toutes sortes de supports qui datent de cette période.

Pour écrire on utilisait le stylet (stilus), qui comporte une extrémité pointue permettant de tracer des caractères dans la cire étalée sur des tablettes de bois, et une extrémité aplatie utilisée pour effacer en lissant la cire. Plusieurs tablettes pouvaient être assemblées au moyen d'une cordelette.

Fragments de cruche du 2e siècle apr. J.-C.
sur laquelle figure un graffiti écrit en lettres capitales:
LAGO(NA) NICOMIIDIIS QVI ILLA IIMIIRIT
"La cruche (à vin) de Nicomède qui l'a bien méritée"

Sur le papyrus ou le parchemin, on écrivait avec le calame (calamus), tige de roseau à l'extrémité affûtée, que l'on trempait dans un encrier (atramentarium). Celui-ci peut être en verre, en céramique ou en bronze. L'encre, qui était diluée avec de l'eau au moment de son utilisation, était composée d'encre de seiche, de lie de vin ou encore d'un mélange de suie et de résine.

Le livre (volumen) était formé de plusieurs pages de papyrus ou de parchemin collées puis enroulées autour d'une baguette de bois.

L'écriture capitale était utilisée pour les inscriptions sur pierre ainsi que pour les estampilles qui figurent sur des mortiers, des vases, des amphores, des tuiles ou encore divers objets en métal.
Les inscriptions gravées (graffitis) ou peintes sont en général en écriture cursive, de même que la correspondance. On rencontre occasionnellement des graffitis tracés en lettres majuscules.
Les boîtes à sceaux servaient à protéger les cachets utilisés pour fermer des tablettes ou des paquets. De tels cachets étaient obtenus à l'aide de bagues dont le chaton, gravé en creux, était apposé sur la cire.

La division du temps

Fragment de mosaïque représentant la roue zodiacale
avec les douze signes de l'année. Seuls les poissons,
le bélier et le taureau sont antiques; les gémeaux
sont restitués. Vers 200 apr. J. C. Palais de Derrière la Tour.
Prêt du Musée Historique de Berne

Le calendrier romain, établi par Jules César en 46 av. J.-C., nous est familierpuisqu'à quelques détails près il continue à rythmer notre vie. L'année commence le 1er janvier et se partage en douze mois, dont l'ordre, les noms et la durée demeurent inchangés. La détermination du jour du mois est compliquée car elle ne se réfère pas, comme nous en avons l'habitude aujourd'hui, à une numérotation continue de 1 à 31, mais elle se calcule à rebours, à partir de l'un des trois repères fixes dans le mois : les calendes (le 1er jour du mois), les nones (le 5e ou le 7e jour suivant le mois) et les ides (le 13e ou 15e jour suivant le mois).

Les noms de certains jours de la semaine, attribués par les Romains, s'utilisent encore de nos jours comme mardi, le jour du dieu Mars, ou mercredi, le jour du dieu Mercure.

Chaque jour compte vingt-quatre heures. La journée, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, est divisée en douze heures et il en va de même pour la nuit. Par conséquent, la durée d'une heure varie suivant la saison et la situation géographique. Seule l'heure de midi (sexta hora) est fixe. En général, on évalue l'heure grâce à la luminosité. Pour une mesure du temps plus précise, trois instruments sont connus : le cadran solaire, fixe ou portatif, le sablier et l'horloge à eau (clepsydre).

Le zodiaque, zone de la sphère céleste divisée en douze parties égales et nommées par les constellations les plus proches, est lié à l'astronomie et à l'astrologie. D'origine orientale, il devient populaire au 1er siècle av. J.-C. à Rome. Sa représentation sur différents supports tels que bas-reliefs, mosaïques ou bijoux, se multiplie en Italie puis dans les provinces dès cette époque.

Les poids et mesures

Balance en fer à fléau asymétrique avec
contrepoids en fer fourré de plomb
proche de deux livres deux tiers, soit de 873,2 g

Pour mesurer de courtes distances on utilise une règle (regula) ou un compas (circinus). Ce dernier sert non seulement à tracer des cercles, mais également à reporter des distances. Le fil à plomb (perpendiculum), associé à l'équerre, permet le contrôle des surfaces verticales ou horizontales.

L'unité de base pour la mesure du poids est la livre (libra) qui vaut 327,45 g ; elle se subdivise en douze onces (unciae) de 27,3 g. Parfois, une lettre ou un signe inscrit sur le poids, permet d'en connaître la valeur. Ainsi la livre s'abrège en I et la demi-livre (semis) en S.

Les marchands se servent de deux types de balance. Celle à fléau asymétrique et à plateau unique (statera) est la plus employée. Elle est nommée de nos jours balance romaine. La pesée s'effectue en déplaçant un contrepoids suspendu à un curseur sur le fléau gradué. Les contrepoids affectent des formes variées, les plus simples sont en forme de gland ou de sphère, les plus élaborés représentent des bustes humains. Le deuxième type de balance utilisé est celui à deux plateaux équidistants (libra). La pesée se fait au moyen de poids de différentes tailles.

L'unité de mesure de capacité est le quadrantal qui correspond à une amphore (amphora) de 26,2 l. La moitié de l'amphore est l'urne (urna) de 13,1 l et le tiers est le modius de 8,7 l. Les petites quantités se mesurent en cuillère (cochlear) de 0,0011 l.

Poids en bronze portant la marque II
équivalant à deux livres, soit 654,9 g

Le dodécaèdre, un instrument de mesure ?

Le dodécaèdre est une figure géométrique en trois dimensions, soit un polyèdre régulier à douze faces pentagonales égales. L'objet est creux et ajouré. Chaque face est percée d'une ouverture circulaire de dimension variable (0,9 cm à 2,6 cm). Dix ouvertures sont entourées de cercles concentriques. Les deux plus grands orifices, placés sur deux faces opposées, ne montrent aucune trace de décor.

Dans l'état de nos connaissances, tous les dodécaèdres recensés ont été découverts dans des sites gallo-romains, principalement au nord des Alpes, surtout au centre et au nord-est de la Gaule. Nous en connaissons plus d'une soixantaine d'exemplaires. Si le dodécaèdre n'est pas un objet rare, il n'est pas courant non plus, d'où son intérêt exceptionnel.

Dodécaèdre en bronze découvert à Aventicum

La fonction du dodécaèdre a déjà intrigué des générations d'archéologues. Elément décoratif, jeu, ou calibre ont notamment été évoqués. On a également émis l'hypothèse qu'il pouvait s'agir d'un objet utilisé à des fins cultuelles; toutefois aucun dodécaèdre n'a été mis au jour à l'intérieur ou dans les environs d'un sanctuaire.

On est tenté de l'interpréter aujourd'hui comme étant un instrument en relation avec l'astronomie. Les douze faces représenteraient les douze mois de l'année, les trente arêtes les jours du mois. Selon une interprétation récente, le dodécaèdre permettrait de déterminer une fourchette de dates en relation avec les équinoxes de printemps et d'automne.

Les spectacles

Fragment de lampe à huile en terre cuite
ornée d’un masque de théâtre


« Panem et circenses »
, « du pain et des jeux », telle était la revendication du peuple, telle fut la politique adoptée par l'empereur et les magistrats locaux qui, par toutes sortes de dons et de largesses, contribuaient à l'organisation des jeux et des spectacles, réprimant ainsi chez le peuple toute envie de contestation ou de rébellion et s'assurant par là son appui et ses faveurs.

Dans le théâtre, on jouait des tragédies et surtout des comédies. Les acteurs appelés histriones ou cantores, s'ils déclamaient des vers accompagnés d'instruments de musique, proviennent de la classe des esclaves ou des affranchis. Ils portent des masques tragiques ou comiques dont nous pouvons avoir une idée précise grâce aux répliques en marbre ou en terre cuite, ainsi que par les nombreuses représentations qui figurent sur des vases en céramique, des lampes à huile en terre cuite, des objets en ivoire, des peintures murales, des mosaïques ou des monuments en pierre. Selon les auteurs anciens il existait jusqu'à vingt-huit types de masques tragiques et quarante-six types de masques comiques. On aimait également donner des spectacles de mime et de pantomime.

Statuette d'un acteur tragique en bronze;
une inscription, peut-être Dovecus, qui pourrait
être son nom, figure sur la ceinture.
Début du 3e siècle apr. J.-C.

Cette dernière consiste en une sorte de danse basée le plus souvent sur des mythes grecs; les acteurs portent des tuniques richement brodées; ils ont également des masques incarnant cinq personnages différents. La partie narrative est chantée par le choeur accompagné de flûtistes, de joueurs de lyre ou de cithare ou encore de cymbalistes.

Quant au mime, il comprend le même accompagnement musical que la pantomime; les danseurs ne portent pas de masque et chantent eux-mêmes. Le sujet interprété est non plus basé sur des mythes mais est réaliste et s'inspire des événements de la vie quotidienne. Il est en général comique, parfois vulgaire.

Dans l'amphithéâtre, on assistait, au son des trompes ou de l'orgue, à des combats de gladiateurs (munera) où deux hommes luttaient à mort. Les gladiateurs étaient en général des esclaves, des prisonniers de guerre, des criminels condamnés à mort ou encore des jeunes gens appartenant à de nobles familles déchues attirés par le mirage de la gloire et de la richesse faciles. Ils étaient formés et entraînés dans des casernes qui leur étaient spécialement destinées (ludi).

On pratiquait également des chasses (venationes), sur fond de décors imitant la nature sauvage, au cours desquelles s'affrontaient des animaux, tels que fauves contre cervidés, lions contre tigres, ours contre taureaux, etc. ou des hommes et des bêtes telles que taureaux, ours, panthères, tigres ou lions.

Dans le cirque, dont nous n'avons pour l'instant pas d'attestation à Aventicum, se déroulaient principalement des courses de chars; les joutes sportives telles que les combats de boxe, de lutte, ou encore les courses à pied y avaient également leur place.

 
 

La musique est constamment présente dans la vie des Romains. Elle accompagne non seulement les spectacles et les combats mais encore les fêtes publiques ou privées, les banquets, les mariages, les funérailles, les défilés triomphaux, les processions ou les sacrifices.

Les fragments d'orgue découverts à Aventicum revêtent une importance particulière étant donné qu'ils représentent le troisième instrument de ce type mis au jour dans le monde romain.

 

Les échanges et la monnaie

Le système monétaire du 1er au 3e siècle

Réorganisé par Auguste, le système monétaire de l'empire romain se compose de monnaies en or, en argent, en laiton et en cuivre. Les relations entre ces métaux et les poids des pièces sont soigneusement fixées. Ainsi, la couleur du métal permet à l'utilisateur de distinguer aisément les différentes dénominations. Les pièces en laiton (dupondius et semis), par exemple, valent le double des pièces en cuivre (as et quadrans).

Systeme monetaire
Le système monétaire de l'Empire romain du 1er au 3e siècle apr. J.-C.

Relativement stable, le système monétaire augustéen reste en vigueur jusqu'au 3e siècle. Au cours des deux premiers siècles, de légères réductions du poids et de la teneur en métaux précieux engendrent quelques changements mineurs. La dévaluation accélérée depuis la fin du 2e siècle, mène à l'introduction, sous Caracalla en 214 apr. J.-C., d'une nouvelle dénomination en argent, l'antoninien, qui équivaut à deux deniers. Sous le coup d'une inflation croissante, l'antoninien perd rapidement sa valeur au cours du 3e siècle et ne contient plus guère que 2% d'argent sous Claude II le Gothique (268-270 apr. J.-C.). Une série de quelques antoniniens permet d'observer cette évolution.

L'empereur Aurélien (270-275 apr. J.-C.) tente de freiner cette dévaluation en créant un nouvel antoninien. Cette réforme monétaire échoue cependant et Dioclétien (284-305 apr. J.-C.) procède à un changement fondamental du système monétaire. Ce dernier perdurera pendant des siècles, même s'il n'échappera pas lui non plus à la dévaluation.

Aliments
Huile 1/3 L 1 sesterce  
Pain (petit) 1/2 Kg 1/4 sesterce = 1 as
Vin ordinaire 1 mesure 1/4 sesterce = 1 as
Vin de Falerne 1 mesure 1 sesterce  
     
Vaisselle
Lampe à huile   1/2 sesterce = 2 as
Assiette (simple)   1/4 sesterce = 1 as
Petit vase à boire   1/4 sesterce = 1 as
     
Vêtements
Tunique   15 sesterce  
Lavage d'une tunique   4 sesterce  
     
Divers
Mulet   520 sesterce  
Esclave   2524 sesterce  

Vraies et fausses monnaies

Le portrait et le nom de l'empereur constituent la garantie de la valeur des pièces monétaires. La personnification MONETA AVGVSTA (la monnaie impériale), symbole à la fois du pouvoir impérial et du souci d'un contrôle rigoureux des valeurs monétaires, porte une balance.

Une trouvaille extraordinaire survenue pendant les fouilles du temple de Derrière la Tour en 1996, une balance monétaire à tare fixe, témoigne de la vérification du poids monétaire à Avenches même. A l'aide de cette balance, il était possible de reconnaître les deniers trop légers et de les exclure de la circulation. Cette balance ne permet cependant pas de distinguer entre un bon denier en argent et des deniers fourrés à noyau de cuivre, ou des deniers coulés dont le taux d'argent est trop faible. Ces types de fausse monnaie pouvaient tout à fait correspondre au poids officiel. A Avenches, comme dans n'importe quel autre site de l'empire romain, de faux deniers ont abondamment circulé. Il existe même des faux en métaux non précieux, des monnaies en cuivre fourrées de fer.

Économies et dépenses : le reflet des trouvailles monétaires

Tout comme aujourd'hui, les habitants d'une ville romaine ont utilisé leur argent de diverses manières. Ils étaient obligés de dépenser de l'argent tous les jours pour couvrir les besoins courants tels que nourriture, mobilier ou vêtements; ceux qui le pouvaient, essayaient de faire des économies.

Lors d'une fouille ce sont le plus souvent des pièces en cuivre, en laiton ou en bronze qui apparaissent. Elles reflètent les petits échanges quotidiens. Combinées aux autres trouvailles archéologiques, ces pièces, souvent très corrodées, fournissent des informations précieuses, telles que la datation d'une couche. Il arrive cependant aussi que le fouilleur tombe sur un ensemble de monnaies qui peut être une bourse, un trésor ou encore une tirelire.

 

Rome et Aventicum

L'empereur, la maison impériale et la province

Rome exerçait son pouvoir et son influence de plusieurs manières sur l'ensemble de son territoire. Un système d'administration rigoureux réglait la gestion des provinces. Législation, langue officielle (le latin pour l'Occident, le grec pour l'Orient), système monétaire, mesures et fiscalité étaient imposés d'une façon générale à toutes les provinces. Loyauté et soumission étaient exigées envers Rome et l'empereur.
L'urbs qui signifie en latin la ville était le nom utilisé généralement pour désigner Rome, la capitale de l'Empire. Elle est souvent représentée par son emblème, la louve allaitant les jumeaux Romulus et Rémus, qui illustre le mythe de la fondation de la capitale.

Le pouvoir de l'empereur et de sa famille se cristallisait dans le culte impérial, introduit par Auguste. L'empereur était considéré comme un être divin de son vivant. A Aventicum, le culte impérial était probablement célébré dans le sanctuaire du Cigognier où fut trouvé le buste en or de l'empereur Marc Aurèle. L'image du souverain et des membres de sa famille était présente dans la ville sous forme de statues et de bustes. Seuls quelques exemples ont survécu. Si pour certaines oeuvres, l'identification est assurée (Marc Aurèle, Agrippine Majeure), pour d'autres en revanche elle demeure incertaine. L'empereur pouvait se faire représenter nu à la manière des dieux, en toge comme les philosophes ou encore armé,
dans la fonction de général suprême.

L'image de l'empereur est omniprésente sur les monnaies et médaillons assurant leur authenticité. Les monnaies constituent un instrument de propagande en diffusant non seulement le portrait, mais évoquant également des événements politiques, familiaux ainsi que des valeurs morales et politiques.

La maison impériale était aussi liée au commerce. Elle possédait par exemple des carrières, des vignobles ou des domaines de production d'huile d'olive. Le médaillon en plomb sur lequel figure le portrait d'Antonia Mineure, mère de l'empereur Claude, faisait probablement partie d'un sceau fixé sur un envoi placé sous protection impériale.

 

La louve allaitant les jumeaux Romulus et Remus

Bas-relief en pierre calcaire découvert dans la cour du palais de Derrière la Tour. Début du 3e siècle apr. J.-C. ?
Cette illustration du mythe de la survie miraculeuse du fondateur de Rome et de son frère est un emblème de l'Empire.

Relief en calcaire de la Louve Capitoline. Début du 3e siècle apr. J.-C. ?
 
Portrait d’une princesse d’époque julio-claudienne

Portrait d'une princesse

Buste en marbre découvert en 1847 au théâtre romain d'Aventicum. Copie dont l'original se trouve au Laténium (Hauterive NE). Visage, cheveux et vêtement de la princesse étaient peints. Les restes de couleur rouge que l'on distingue encore sur la chevelure proviennent de la couche de fond appliquée sous la dorure originale. Le visage de la jeune femme était accentué par un maquillage prononcé. Elle portait un vêtement de couleur bleu vert.
L'identification de ce portrait de haute qualité demeure controversée.

Il pourrait s'agir de Iulia, fille de Drusus Mineur et de Livilla qui, en 21 apr. J.-C., à l'âge de 15 ans, épouse Nero Iulius Caesar, fils de Germanicus, désigné comme prince héritier en 23 apr. J.-C., puis déclaré ennemi public et banni par le Sénat.

 
Portrait d’Agrippine Majeure. Marbre.
Deuxième quart du 1er siècle apr. J.-C.

Agrippine Majeure

Statue en marbre découverte dans la partie nord du forum d'Aventicum. Deuxième quart du 1er siècle apr. J.-C.

Statue monumentale d'environ 2,75 m de hauteur dont le visage semble être celui d'Agrippine Majeure, épouse de Germanicus. Elle fut également la mère de l'empereur Caligula (37-41 apr. J.-C.) et d'Agrippine Mineure, future mère de l'empereur Néron (54-68 apr.-J. C.).

Cette sculpture appartient à un groupe statuaire représentant trois ou quatre membres de la famille impériale.

 
Jambe de statue équestre d’empereur.
Bronze doré. 2e siècle apr. J.-C.

Statue équestre

Jambe en bronze doré, appartenant à une statue équestre d’empereur, découverte dans la région du palais de Derrière la Tour. 2e siècle apr. J.-C.

 
Buste en or de l’empereur Marc Aurèle.
Sanctuaire du Cigognier. 2e siècle apr. J.-C.

Marc Aurèle

Copie du buste en or découvert en 1939 dans une canalisation sous le sanctuaire du Cigognier. Travail au repoussé. Vers 180 apr. J.-C.

La religion

Cultes orientaux

Dès le milieu du 2e siècle apr. J.-C., la religion gallo-romaine s'essouffle et ne répond plus aux aspirations profondes des fidèles. Ainsi s'explique le succès des cultes nouveaux venus d'Orient, qui savaient apaiser les angoisses des hommes laissant entrevoir pour les plus démunis une espérance de vie éternelle.

Les cultes des divinités égyptiennes Isis et Sérapis, de même que ceux dédiés à Jupiter Ammon ou à Sabazius semblent avoir connu un succès limité en Gaule, contrairement aux cultes initiatiques de Cybèle, d'Attis et de Mithra qui réuniront de nombreux adeptes.

 

Religion romaine

Caducée en argent (attribut de Mercure).
Sanctuaire de la Grange des Dîmes

Les Romains honorent de nombreux dieux tant dans la vie publique qu'au sein de leur foyer. Leurs dieux, issus en grande partie d'influences italiques, grecques et étrusques, composent une religion complexe et parfois difficile à cerner. A côté d'une multitude de divinités secondaires cohabitent des dieux principaux tels que la triade capitoline formée de Jupiter, Junon et Minerve; nous citerons encore parmi les plus connus, Mars, Vénus, Apollon, Mercure ou Bacchus.

Dans les provinces, religion et mythologie ne sont jamais purement romaines. Une fusion s'est en effet produit entre les divinités romaines et indigènes. Il est difficile de savoir si ce sont les Romains qui ont interprété les dieux indigènes par rapport aux leurs, comme le fit Jules César pour la Gaule, ou si c'est l'inverse qui s'est produit.
Parmi les meilleurs exemples illustrant cette fusion, on peut citer les inscriptions qui associent le nom d'un dieu romain et celui d'un dieu gaulois comme Mercure Cissonius, Mars Gradivus ou encore Mars Caisivus.

Jupiter est l'arbitre souverain. Il est cité par César comme l'un des cinq dieux principaux des Gaulois. Son culte est bien attesté dans nos régions par des inscriptions et diverses représentations. L'une des plus répandues le représente à cheval, tenant l'éclair et terrassant un géant. On peut observer ce type de statue juchée sur une colonne à Aventicum. Jupiter symbolise la victoire du dieu du ciel sur les puissances souterraines.

Mercure est le patron des voyageurs et des marchands et pour les Gaulois l'inventeur de tous les arts. Jules César précise qu'il est le plus grand dieu de la Gaule. Mercure est reconnaissable à son chapeau de voyageur (le pétase) et aux petites ailes placées de chaque côté ou dans les cheveux, à son bâton (le caducée), et à la bourse qu'il tient fermée dans l'une de ses mains.

Silène. Statuette en bronze.
Fin du 2e siècle apr. J.-C.

Bacchus est le dieu du vin; le cortège qui l'accompagne est composé de Silène, de satyres et de ménades. Son culte semble avoir eu peu de succès dans nos régions. Il possède toutefois une certaine popularité dans le registre iconographique. On le reconnaît aux grappes de raisins et aux feuilles de vigne qui ornent ses cheveux.

Minerve est la déesse de la justice et de la sagesse. Selon Jules César, les Gaulois la considèrent comme la protectrice des techniques. Elle est toujours représentée selon le schéma d'origine grecque. Elle porte un casque, une cuirasse ornée de la tête de la Méduse, une lance et un bouclier.

Apollon, dieu des arts et de la musique, est considéré comme un dieu guérisseur aussi bien par les Romains que par les Gaulois. Il est souvent en relation avec des bains médicinaux ou des thermes. A Aventicum, il est nommé sur une inscription offerte aux médecins.

Mars est le dieu de la guerre. Il appartient aux cinq grands dieux des Gaulois, moins représenté que Mercure, on le trouve en revanche cité dans de nombreuses inscriptions et son nom est souvent associé à différents noms d'origine celtique.

 
Dédicace à Mars Gradivus gravée sur une plaque en bronze argenté. Fin du 2e - début du 3e siècle apr. J.-C.
Mars Gradive pate[r--- /hanc patriam civ[esque---]/inclute bellator[---/imperio monitus m[erito---?]/Sex(tus) Tetricius donum [dedit---?]
"Mars Gradivus, père ... ma patrie et ses citoyens, ... glorieux guerrier; comme il en a reçu l'ordre à juste titre (?), en songe, Sextus Tetricius t'offre ce don"

Statue de la déesse Minerve

Tête, avant-bras droit, pieds et doigts de la main gauche en marbre.
Hauteur originale de la statue : 2,80 m.

Statue acrolithe. Seules les parties visibles de la statue ont été réalisées en marbre. Le reste du corps était probablement en bois dissimulé sous un vêtement. 2e siècle apr. J.-C.

Tête d’une statue acrolithe de Minerve.
Marbre. 2e siècle apr. J.-C. ?
 

Mythologie et héros

Hercule est assimilé à la divinité celtique Ogmios dont les attributs, peau de lion et massue, sont identiques à ceux d'Hercule; il présente cependant un aspect physique plus âgé.

Les Dioscures, surnom des jumeaux Castor et Pollux, ont été particulièrement honorés en Gaule comme dieux astraux, protecteurs de la navigation et des cavaliers.

 

Cultes et divinités du foyer : laraires et chapelles domestiques

Les Romains accordaient une grande importance aux Lares et aux Pénates qui étaient les divinités protectrices de la maison et du foyer. L'autel familial, ou laraire, se trouvait généralement au centre de la maison, dans l'atrium. Le chef de famille faisait une fois par jour, pendant le repas principal, la prière en face des statuettes de diverses divinités, parmi lesquelles se trouvent souvent le dieu Lare et parfois aussi le portrait d'un aïeul.

Un riche laraire découvert dans une maison particulière d'Aventicum est exposé au 2e étage, dans la cage d'escalier.

Religion gallo-romaine

Inscription dédiée à Anechtlomara, divinité celtique Pierre calcaire.
Anextlomarae/et Aug(usto)/Public(ius) Aunus
"A Anechtlomara et à l'empereur. Publicius Aunus (a élevé ce monument)"

Tout comme les Romains, les Gaulois étaient polythéistes. En raison de l'absence de textes gaulois, notre connaissance de cette religion repose principalement sur un passage de Jules César (Guerre des Gaules, livre VI, 17), lequel énumère et définit brièvement les cinq grands dieux des Gaulois, en leur donnant toutefois le nom des dieux romains dont les attributions sont les plus semblables. Il nomme ainsi Mercure, Apollon, Mars, Jupiter et Minerve.

Il existe également de nombreuses autres divinités gauloises qui ont survécu à la romanisation. Elles sont parfois anonymes ou leur fonction nous est inconnue. Quelques-unes sont communes à l'ensemble du monde celtique romanisé, comme Sucellus, Epona ou Lug; d'autres semblent locales comme Anechtlomara ou Aventia, qui est à l'origine du nom Aventicum.

Les Romains pratiquèrent la tolérance dans le domaine de la religion. Seul le culte impérial sera imposé, destiné surtout à manifester la loyauté de ses sujets envers Rome.

Statuette en terre cuite représentant la déesse Epona sur son cheval

Anechtlomara signifie la grande protectrice. Elle est proche des divinités de la prospérité.

Le Génie au capuchon (genius cucullatus) porte un vêtement traditionnel gaulois. Il agit principalement sur la fertilité et la guérison; il guide aussi les défunts dans l'au-delà.

Epona, déesse des chevaux, a un grand succès auprès des cavaliers et plus particulièrement des soldats. Elle n'est associée à aucune divinité romaine. Epona est toujours représentée assise sur son cheval, en amazone.

Divinités féminines liées à la prospérité et à la fécondité. Elles sont représentées de diverses manières. Il peut s'agir d'une jeune femme nue, dont le schéma iconographique reprend celui de Vénus, d'une femme d'âge mûr tenant une corne d'abondance, selon le schéma de la déesse Fortune ou encore d'une mère ou d'une nourrice allaitant des enfants.

Buste en bronze d'une divinité indigène. 2e-3e siècles apr. J.-C.

Le taureau tricorne est bien attesté en Gaule. Il célèbre la force reproductrice incarnée par sa troisième corne.

Sucellus, dont le nom signifie « celui qui frappe fort », tient un maillet dans une main et un vase dans l'autre; à ses pieds trottine un chien. Sur certaines représentations on voit encore un tonneau ou une amphore. Sucellus règne sur la forêt; il est, dans certaines régions, associé à Silvanus. Il semble être aussi le patron des artisans.

Dépôt votif composé d'environ cent vingt récipients en céramique (cruches, calices, supports, lampes). Ce dépôt était associé à un autel en pierre calcaire comportant une inscription dédiée à Mercure Cissonius

Les sanctuaires d'Aventicum

Ce ne sont pas moins de sept temples qui jalonnent la zone située entre la colline d'Avenches et le théâtre. Un autre temple se trouvait sur le forum, tandis que deux temples et une chapelle étaient visibles à la sortie nord-est de la ville, en face de la nécropole d'En Chaplix.

Le culte de l'empereur était vraisemblablement célébré au sanctuaire du Cigognier, où fut découvert le buste en or de Marc Aurèle. On ignore à quelles divinités étaient consacrés les autres temples.

 

De l'Antiquité au Haut Moyen-Âge

Vitrine des trouvailles du Bas-Empire
et du Haut Moyen Age

Vers le milieu du 3e siècle, l'Empire romain montre un affaiblissement général.
Dès 260 apr. J.-C., les incursions alamanes sur le Plateau Suisse mettent un terme à la prospérité d'Aventicum sans pour autant l'anéantir. On situe la fin officielle de l'Empire romain dans nos régions en 455, année à laquelle Rome renonce officiellement aux territoires des anciennes provinces germaniques. La ville conserve une importance régionale; elle est encore siège épiscopal jusqu'en 594.

Le territoire habité d'Aventicum devait se réduire, à partir de la fin du 3e siècle, à la région comprise entre la porte de l'Ouest, le théâtre et l'amphithéâtre. Les témoignages matériels des 4e, 5e et 6e siècles sont rares. Peu de structures architecturales sont connues. Les fragments d'un placage mural attestent un décor d'intérieur en marbre appartenant peut-être à une église ou à un bâtiment officiel de la fin du 4e ou du 5e siècle.

La vie quotidienne est illustrée par différents objets. Les céramiques du 4e siècle comprennent encore des importations, alors que celles des 6e/7e siècles semblent locales. La vaisselle en verre reste présente. Quelques objets sont réalisés en os comme le peigne, l'épingle et le couteau présentés dans l’exposition. Les deux fibules sont des agrafes portées exclusivement par les fonctionnaires, contrairement aux fibules des 1er-3e siècles, exposées au 2e étage du musée, qui faisaient partie du vêtement de tout un chacun. Une boucle en bronze du 6e siècle appartient à la culture franque.

Les monnaies, enfin, sont particulièrement bien représentées.

Peigne en os. 4e-5e siècles apr. J.-C.
Site et Musée romains d'Avenches
Case postale 237
CH - 1580 Avenches
 
T : +41 (0)26 557 33 00
F : +41 (0)26 557 33 13
musee.romain@vd.ch
 
D'avril à septembre :
Mardi à dimanche - 10h à 17h
Ouvert les lundis de Pâques et de Pentecôte; ouvert tous les jours en juin
 
Octobre et de février à mars :
Mardi à dimanche - 14h à 17h
 
De novembre à janvier :
Mercredi à dimanche - 14h à 17h.
Fermé les 25, 26 et 31 décembre et les 1er et 2 janvier