Musée romain

La maison romaine

Maquette d’une maison romaine
de type méditerranéen (domus)

Une maquette présentée au musée reproduit une riche maison de type méditerranéen (domus) telle qu’on en trouve à Pompéi. Cette domus de 37 x 55 m occupe un quart d’insula et comporte deux étages. Bien qu’elle ne corresponde pas précisément au plan d’une maison d’Aventicum, elle en contient toutefois les éléments principaux.

Du portique (2), bordant la rue (1) et sur lequel s’ouvrent des boutiques (3-4) (tabernae), un passage donne accès à l’atrium (5), caractérisé par une ouverture dans le toit. Cet espace au centre de la maison permet d’accueillir les visiteurs. De là on peut atteindre les pièces de réception (6), dont certaines sont chauffées par le sol (hypocauste), ou la partie privée de la maison (10-14). L’espace réservé à la famille s’ordonne autour d’un jardin (13) bordé d’un péristyle (14). L’étage supérieur (9) comporte plusieurs chambres.
Suivant l’importance des pièces, les parois sont ornées de peintures murales plus ou moins élaborées et les sols revêtus de mosaïques ou de terrazzos (sols de mortier).

Le toit est couvert de tuiles. On note l’absence de cheminée : la fumée des hypocaustes s’échappe par des tuiles spéciales, perforées, ou alors sort directement par la toiture.

Plan d'une maison romaine de type méditerranéen.
(1) rue; (2) portique; (3) boutique (taberna); (4) taverne (thermopolium); (5) cour intérieure (atrium);
(6) salle de réception chauffée; (7) local de chauffage (praefurnium); (8) latrines; (9) escalier d'accès au 2e étage;
(10) cuisine; (11) salle de séjour; (12) chambre à coucher (cubiculum); (13) jardin; (14) péristyle; (15) mur mitoyen

L'habillement et la parure

Fibules (broches) à fonction décorative.
Echelles diverses

Comme de nos jours, les habitants de la Suisse romaine ont adapté leurs vêtements et leurs chaussures à la saison, à la région, à leur type d’activité ainsi qu’à leur milieu social.
L’habit de base est la tunique, portée par les femmes, les hommes et les enfants. Plus ou moins longue, elle affecte une forme de T, soit deux rectangles pour le corps, complétés par des manches de longueur variable.

Les vêtements sont essentiellement en lin ou en laine ; certains manteaux sont en cuir ou en fourrure. La tunique des femmes descend jusqu’aux pieds, tandis que celle des jeunes filles et des servantes atteint les mollets. Par temps froid, elles se couvrent d’un manteau ou d’un châle et enfilent des bas de laine. Quelques femmes portent encore le costume celtique traditionnel : une robe passée sur une sorte de chemise et tenue aux épaules par des fibules.

Bague en fer à intaille gravée (Victoire)

La tunique masculine, plus courte, s’arrête au-dessous du genou. Pour se défendre des intempéries et du froid, les hommes ont à leur disposition divers types de manteaux en laine, dont le cucullus, sorte de pèlerine courte à capuchon. Pour protéger leurs jambes, ils enroulent des bandes molletières. La toge, long tissu drapé, est réservée aux citoyens romains ; elle est portée en ville lors des cérémonies officielles. Les artisans revêtent le plus souvent une tunique sans manche, courte et ceinturée, cousue uniquement sur l'épaule gauche de manière à ce que le bras droit demeure libre de ses mouvements. Les enfants portent la tunique à la hauteur des genoux.

Les chaussures, en cuir, sont ouvertes ou fermées, parfois montantes ou accompagnées de guêtres. Certaines ont une semelle cloutée.

Femmes, hommes et enfants apprécient les bijoux, réalisés le plus souvent en bronze ou en laiton, dont la couleur rappelle l’or, mais aussi en fer, en verre, en os ou plus rarement en argent ou en or et sertis de pierres précieuses.

Les fibules, d’origine celtique, sont des sortes de broches qui servent au début de l’Empire romain à agrafer les robes aux épaules et à fermer les manteaux. Plus tard, les vêtements cousus se généralisant, elles ne conserveront que leur fonction ornementale. Leur forme évoluant au cours du temps, les fibules peuvent être datées assez précisément et constituent de précieux indices chronologiques.

Bagues en bronze, argent et bronze doré
portant des messages amoureux

Les habitants de la Suisse romaine apprécient les perles et les pendentifs. A la fonction ornementale de ces derniers s’ajoute parfois une valeur de talisman. Les bagues ornent de préférence la main gauche ; celles munies d’un chaton gravé permettent de cacheter des documents, d’autres servent de gage d’amour. Les femmes portent volontiers des colliers et des bracelets, le plus souvent par paires, tandis que, à la différence du monde méditerranéen, les boucles d'oreilles ne deviennent fréquentes qu'à partir du 3e siècle apr. J.-C. Les épingles à cheveux, généralement en os, retiennent les chignons des femmes.

 
Amulette phallique en bronze

La toilette et les soins

Dos de miroir en plomb avec
la représentation des trois Grâces

Les Gallo-Romains aiment à prendre soins de leur corps. L’eau courante n’étant pas la norme, ils se lavent sommairement chez eux et se rendent aux thermes pour se baigner, se faire épiler, masser ou pour prendre de
l’exercice. Aventicum compte au moins trois établissements thermaux publics ; le plus ancien date de 29 apr. J.-C.

Les parfums, dont l’usage est très répandu, sont conservés dans de petits récipients en céramique, en bronze ou en verre. Les senteurs les pluschères contiennent des produits exotiques tels que la cannelle ou la myrrhe, tandis que les plus courants sont à la rose ou au miel.

Les femmes se maquillent volontiers, suivant la mode de Rome : pâleur du visage, lèvres rouges, sourcils noircis et paupières fardées. Divers instruments permettent de préparer les couleurs, de les malaxer et de les appliquer.

En Gaule comme dans tout l’Empire romain, quelle que soit l’époque, les femmes portent les cheveux longs ; les jeunes filles les attachent sur la nuque ou les nattent, tandis que les femmes mariées osent des coiffures plus élaborées. Certaines n’hésitent pas à se teindre les cheveux.

Cachet d’oculiste pour estampiller un collyre solide
avec inscription COE[N ?] indiquant
le type de médicament

Les coiffures des hommes suivent souvent de près celles adoptées par l’empereur régnant, de même que le port de la barbe et de la moustache. La plupart des hommes se font raser chez un barbier.
Le contrôle du maquillage et de la coiffure se fait à l’aide de petits miroirs, composés d’une plaque de bronze ou d’argent poli montée sur un manche ou placée dans un cadre en bois.

La médecine antique s’est développée en Grèce et Hippocrate (460-370 av. J.-C.) en est le plus fameux représentant. A Rome, comme dans les provinces, les médecins sont souvent d’origine grecque. Un grand nombre de praticiens sont itinérants ; certains peuvent exercer dans le cadre d’un sanctuaire, d’un hôpital militaire (valetudinarium) ou d’un cabinet privé (taberna medica). Dans quelques cités, dont Aventicum, une association de médecins possède un lieu de réunion (schola). Des femmes ont également exercé cette profession.

Mosaïque avec visage de femme
(personnification de l’Eté)

La formation médicale s’acquiert en assistant pendant plusieurs années un médecin reconnu. A l’issue de cet apprentissage, le nouveau médecin sait notamment réduire une fracture, amputer un pied ou une main puis cautériser la plaie au fer rouge, ligaturer les vaisseaux, opérer la cataracte. Pour effectuer ces diverses opérations, il dispose de scalpels à lames interchangeables, de crochets pour soulever ou écarter les chairs, de sondes pour cautériser ou sonder des plaies, de spatules pour prélever ou étaler un produit, enlever un kyste ou même un œil entier.

Les médicaments les mieux connus sont les collyres pour les yeux. En effet, en Gaule, les ophtalmologues utilisent des sceaux qu’ils impriment sur des préparations solides. L’inscription indique en général le nom du praticien, celui du collyre, l’effet escompté et l’affection à soigner. Ces médicaments, qu’il faut délayer au moment de leur utilisation, sont à base de végétaux, de métaux ou de substances animales ; certaines de ces composantes possèdent des vertus thérapeutiques reconnues aujourd’hui encore.

 
Autel en calcaire avec dédicace à des médecins et professeurs. Deuxième moitié du 2e ou début du 3e siècle.
Numinib(us) Aug(ustorum) et Genio col(oniae) Hel(vetiorum) Apollini sacr(um) Q(uintus) Postum(ius) Hyginus et Postum(ius) Hermes lib(ertus) medicis et professorib(us) d(e) s(uo) d(ederunt)
"Aux divinités protectrices des empereurs et au Génie de la colonie des Helvètes, consacré à Apollon. Quintus Postumius Hyginus et Postumius Hermes, son affranchi, ont offert à leurs frais (ce monument) aux médecins et aux professeurs"

Les jeux

Les jeux sont largement répandus à l’époque romaine. On distingue les jeux de hasard, les jeux stratégiques et les jeux d’habileté. Ces trois catégories sont prisées par les enfants et les adultes.

Jeux de hasard

Les dés, jetés seuls ou à plusieurs, offrent de nombreuses possibilités pour défier la chance et tuer le temps. Certains sont manipulés ou lestés de manière à ce qu’ils retombent du bon côté : de tout temps l’homme a cherché à tricher pour gagner !

Le jeux des osselets est également très prisé. Chaque côté de ce petit os de la patte arrière du mouton possède un aspect particulier auquel on attribue une valeur spécifique. Les osselets sont posés sur le dos de la main puis lancés : le joueur obtient plus ou moins de points selon la face alors visible.

Jeux de stratégie

Les jeux de stratégie sont particulièrement appréciés par les Romains. Ils aiguisent la réflexion et la prévision, demandent de la concentration.

Le jeu du moulin, par exemple, se rencontre régulièrement. Tout comme aujourd’hui, il se pratique à deux et chaque joueur dispose de neuf pions.

Le jeu des douze lignes combine hasard et stratégie. Sur une table de jeu, deux joueurs avancent leurs 12 ou 15 pions selon le résultat du jet des deux ou trois dés.

Jeux d’habileté

De nombreux jeux d’habileté réalisés en matières organiques n’ont que rarement laissé des traces : les toupies, les cerceaux et les quilles en bois, les cordes et même les noix ne sont souvent connus que par des illustrations.

Les noix sont omniprésentes dans les jeux des enfants qui les lancent dans une amphore, construisent des tas qu’ils visent ensuite à l’aide d’une autre noix ou encore les lancent à l’intérieur d’un triangle tracé par terre, pointe vers le haut, divisé en plusieurs zones horizontales valant chacune un certain nombre de points (jeu du delta).

 

Le travail du textile

Divers instruments liés au travail du textile
(pesons en terre cuite, servant à tendre
les fils du métier à tisser, peigne à carder en fer,
fusaïole en terre cuite, aiguilles, etc.)

A l’époque romaine, les textiles servent à réaliser des vêtements, des tentures, des couvertures, des coussins, des voiles de navires, des sacs, etc.

Les tissus les plus répandus sont en laine et en lin. La soie, très coûteuse, importée d’Orient, n’apparaît qu’à la fin de l’Empire romain ; le chanvre sert essentiellement à confectionner des cordes, tandis que le coton, d’origine orientale, est un produit rare.

Dans un premier temps, la matière première est préparée au filage. Les fibres végétales sont obtenues par un processus de macération, de battage et de séchage. Elles doivent ensuite être peignées tout comme la laine tondue ; il est probable que les peignes à carder, utilisés pour démêler la laine, aient également servi pour le lin. Une fois les fibres ordonnées en mèches, celles-ci sont enroulées autour de la quenouille.

Dé à coudre en bronze

Le filage consiste à étirer et à tordre la touffe disposée sur la quenouille afin d’obtenir un fil que l’on enroule ensuite autour du fuseau lesté par une fusaïole.

Le tissage s’effectue sur un métier vertical dont les fils, fixés à la partie supérieure, sont tendus au moyen de poids généralement en terre cuite.

Les tissus peuvent être unis ou ornés de carreaux réalisés lors du tissage, de broderies ou encore de motifs peints. Franges et pompons agrémentent tuniques, écharpes, manteaux, couvertures ou tentures. Les tuniques sont cousues avec des aiguilles en fer, en bronze ou en os. Un dé peut protéger le doigt de la couturière.

L'éclairage

Vitrine présentant les instruments liés à l’éclairage

L’éclairage naturel de la maison gallo-romaine se fait par les ouvertures, portes ou fenêtres, peu nombreuses et fermées la nuit par des volets en bois. Seules les riches maisons privées ont des fenêtres vitrées, alors que les thermes en sont le plus souvent équipés. Ces vitres, de 20 à 40 cm de côté, sont fixées directement dans les ouvertures avec du mortier ou sur des châssis de bois.

L’éclairage artificiel s’effectue avec des lampes en terre cuite, en bronze ou en fer, à huile ou à suif.
Les lampes d’origine méditerranéenne en terre cuite comportent fréquemment un décor ainsi que la marque du fabricant. La mèche est introduite dans le bec fermé et baigne dans le réservoir rempli d’huile d’olive de moindre qualité. Quelques lampes en métal sont munies d’un système de suspension permettant de les fixer au plafond ou à un candélabre.

Les lampes de tradition indigène peuvent avoir la forme d’un godet muni d’un bec où vient s’appuyer la mèche trempant dans le suif. Des chandelles, placées dans des bougeoirs en terre cuite ou parfois en métal, servent également à éclairer les intérieurs.

La nuit, pour s’aventurer à l’extérieur, on se munit de torches ou de lanternes.

 
Lampe à huile en terre cuite

Le mobilier

Applique décorative en fer
damasquiné (laiton et cuivre)

Le mobilier des Romains se compose de sièges, de tables, de lits, de coffres et d’armoires, réalisés essentiellement en bois ou en vannerie. Ces matériaux ne sont que rarement conservés, à l’exception des pièces rapportées métalliques comme les charnières, les serrures ou certains éléments décoratifs qui sont parfois aussi en os, en ivoire ou en verre. Une partie du mobilier peut être réalisée en maçonnerie (banquettes, lits de salle à manger ou étagères).

Divers types de sièges sont à disposition : tabourets, bancs, chaises et fauteuils. Leur confort est parfois amélioré par des coussins.

Les tables sont rondes et basses ou alors hautes et rectangulaires. Les premières sont placées près des lits dans les salles à manger d’influence méditerranéenne alors que les secondes, autour desquelles on peut s’asseoir, relèvent d’un mode de vie indigène.

Les lits sur lesquels on s’allonge pour prendre les repas sont souvent des objets d’apparat. Ils sont alors ornés d’éléments en bronze ou plus rarement en os ou en ivoire et sont recouverts de matelas et de coussins.
Pour les rangements, on emploie surtout des coffres de différentes tailles souvent décorés. Dans certaines maisons, les biens précieux ou les archives de la famille sont placés dans une armoire, dont la partie supérieure peut servir de laraire (autel domestique). Coffres et armoires sont fermés par des serrures aux mécanismes parfois complexes.

 
Clé en fer à manche en bronze

Les jardins

Disque marbre
Disque en marbre avec masque de dieu-fleuve

Un grand nombre de maisons d’Aventicum comporte un espace vert. Il peut s’agir d’un jardin potager ou d’un jardin d’agrément. Ce dernier est souvent situé de façon à être apprécié depuis les pièces de réception. Des disques ornés (oscilla), oscillant au vent, sont parfois suspendus entre les colonnes qui entourent le jardin.

Des statues, des vasques, des bancs et des tables en pierre, voire un bassin ou une tonnelle pouvant abriter une salle à manger d’été enrichissent ces espaces. La végétation y est variée ; les massifs sont souvent de forme géométrique.

Habiter dans une ville

La ville antique d’Aventicum vers 180 apr. J.-C.
Aquarelle de Brigitte Gubler, Zurich

Les habitants d’Aventicum, en grande partie des Helvètes, sont largement influencés par la manière de vivre des Romains. Cela se remarque très tôt dans tous les domaines de la vie quotidienne et plus particulièrement à partir du milieu du 1er siècle de notre ère.

Les maisons, les techniques de construction, les décorations intérieures et extérieures, les jardins témoignent de cet engouement de la population locale pour la mode romaine.

Les quartiers

Aventicum, comme toutes les villes romaines, est organisée en quartiers réguliers, en majorité dévolus à l’habitat et rythmés par un réseau orthogonal de rues. Celles-ci délimitent une quarantaine d’îlots réguliers (insulae) de 110 x 75 m en moyenne. Deux axes principaux perpendiculaires, le cardo (orienté du nord au sud) et le decumanus (d’est en ouest), traversent ces quartiers. Le forum, centre civique et religieux, se situe à leur point d’intersection.
Si la densité d’occupation des îlots reste difficile à évaluer, on peut toutefois estimer que la ville antique comptait environ 20 000 habitants.

Un îlot peut comprendre entre deux et six maisons, plus rarement une seule unité.
 

Les maisons

Restitution d’une maison (domus) de l’insula 13.
Dessin de Markus Schaub, Augst

Au début, les maisons ont des parois formées d’une armature de bois (le colombage) et de briques en terre crue. Les fondations consistent en une poutre de bois (sablière) reposant sur des pierres angulaires ; le toit est en général recouvert de matière végétale.
Vers le milieu du 1er siècle, apparaissent les premières maisons d’influence romaine caractérisées notamment par des fondations entièrement en pierre et un toit de tuiles ; les murs sont revêtus d’un crépi de chaux ou d’un enduit peint.

Ce n’est qu’à partir des années 70 apr. J.-C., au moment où Aventicum obtient le statut de colonie, que l’on observe une utilisation généralisée de la maçonnerie sans pour autant que ne disparaissent les techniques traditionnelles locales.

La grandeur des logements, leur confort, leurs décors, ainsi que leur ameublement dépend avant tout de la richesse du propriétaire. Les maisons modestes d’Aventicum sont pour l’instant mal connues car jamais fouillées entièrement. Certaines devaient être exiguës, composées d’une cuisine, peut-être d’une boutique donnant sur la rue et pourquoi pas d’un atelier et de quelques chambres à coucher à l’étage. Dans les arrière-cours pouvaient se trouver un jardin potager.

Il est difficile d’évaluer le nombre de personnes vivant dans une maison. On peut présumer qu’il s’agit des membres d’au moins trois générations, grand-parents, parents, enfants, mais aussi oncles et tantes, et bien sûr tous leurs domestiques.

Le décor intérieur d’une pièce de l’insula 10 Est

Reconstitution du décor peint d’une pièce
d’habitation de l’insula 10 Est.
Début du 3e siècle apr. J.-C.

Restitution de la « chambre blanche »

L’intérieur de la majorité des maisons d’Aventicum comporte un décor peint, simple ou chargé, suivant la fonction des pièces et la fortune du propriétaire.

Cette peinture ornait une pièce chauffée par hypocauste. Le revers des fragments a conservé les traces du système de chauffage des parois et du coffrage de la voûte.

Les dimensions du musée ne permettent pas de reconstruire la hauteur totale de la chambre, soit 3,75 m. Il manque ainsi le bas de la paroi mesurant 1,60 m.

Au fond de la pièce, le couple Amour et Psyché vole au-dessus d’une fenêtre. Les longues parois sont bordées par la personnification des Saisons, ici le Printemps et l’Eté, entourant une nature morte, poires et pomme. Sur la voûte, d’autres natures mortes, cédrat (sorte de citron) à gauche, grenade et figues à droite, encadrent un personnage féminin tenant une torche, figuré au centre d’un voile tendu au-dessus de roses étalées.
Par son style, sa technique d’exécution et son contexte archéologique, le décor de cette chambre est daté du premier tiers du 3e siècle apr. J.-C. et destiné à un riche propriétaire.

Reconstitution de la « chambre blanche »

Une maquette illustre l’exécution d’une peinture murale à fresque par un atelier au 3e siècle apr. J.-C. : l’ouvrier taloche les premières couches de mortier, le peintre appose les couleurs, le maître discute le décor. La peinture est appliquée sur la dernière et plus fine couche de mortier encore humide.

Cette pièce est chauffée par hypocauste. Il s’agit d’un chauffage par le sol et le long des murs. L’air chaud, dispensé par un foyer (praefurnium), circule entre deux sols formés d’un dallage en terre cuite. Le deuxième sol repose sur des pilettes régulièrement espacées dont la hauteur varie entre 50 et 70 cm. L’air chaud peut également s’infiltrer par les parois au moyen de tubulures verticales (tubuli) en terre cuite disposées dans l’épaisseur des murs.
 

Les divinités du foyer

Divinites
 

Six statuettes en bronze appartenant à un petit autel privé (laraire) découvert dans l’insula 27.

Le laraire est généralement situé dans l’atrium (cour intérieure) ou dans le jardin du péristyle, parfois dans la cuisine.

Ces statuettes de dieux romains (de haut en bas et de gauche à droite) Junon, Minerve, Fortune, Minerve (pour la deuxième fois), Mercure et Lare assurent la protection de la famille et de ses activités quotidiennes. Cet ensemble a été constitué entre le 1er et le 2e siècle apr. J.-C.

La céramique

Un matériau indispensable pour l’archéologue…

… par son nombre

Chaque fouille livre des centaines, voire des milliers de tessons. La fouille du palais de Derrière la Tour, par exemple, qui a porté sur une surface d'environ 7’000 m2, a livré plus de 80’000 tessons, ce qui représente à peu près 20’000 récipients.

… par sa contribution à la chronologie des vestiges

La céramique présente en effet plusieurs avantages qui lui valent de figurer parmi les éléments datants les plus fiables. Résistante à l'action du temps, souvent recueillie en bon état par les fouilleurs, elle ne présente en général que peu d'altération même après un enfouissement de plusieurs milliers d'années.

La céramique est de plus sensible aux modes. Étant constituée d’un matériau fragile, elle se casse facilement et est par conséquent souvent remplacée. Une évolution au cours du temps des formes et des décors est alors aisément perceptible.

Contrairement aux objets en verre ou en métal, la céramique échappe au recyclage.

… par la diversité de ses domaines d’utilisation

La céramique nous renseigne sur nombre de domaines de la vie quotidienne : les habitudes alimentaires (vaisselle de cuisine et de table), le stockage (pots à provisions), le transport des denrées (amphores), l’éclairage (lampes), la cosmétique et l’hygiène (vases à parfums et à onguents), l’écriture (encrier), l’artisanat (pots à peinture, creusets, moules, accessoires de potier), les jeux et les jouets (jetons, poupées, petits animaux), la construction (tuiles, conduites, foyers, sols).

Une contribution essentielle à l’histoire régionale

Gobelet en céramique à revêtement argileux.
Deuxième moitié du 2e ou début du 3e siècle apr. J.-C.

La céramique fournit des indications sur les courants commerciaux par l’étude de la vaisselle importée d’une part, par celle des amphores d’autre part. Celles-ci sont des emballages dans lesquels on a transporté de nombreuses denrées (huile d’olive, vin, fruits exotiques, sauces de poissons) de Méditerranée (Italie, Grèce, Afrique du Nord, Proche-Orient).

L’étude des céramiques produites dans des ateliers locaux nous informe sur les besoins d’une population, sur la mode et sur le niveau technologique atteint.

La céramique nous renseigne sur la manière de faire la cuisine et les habitudes de table, sur l’hygiène et les soins du corps, sur l’éclairage ; elle livre toutes sortes d’informations sur la vie quotidienne (tirelires, encriers, etc.). Elle fournit parfois les noms des potiers qui l’ont fabriquée ou ceux des propriétaires d’ateliers.

Les graffitis relevés sur certains récipients nous renseignent sur leur contenu, sur l’écriture et fournissent les noms des habitants du lieu qui ont parfois pris soin de marquer leur vaisselle.

L’étude des formes et des décors offre aussi des indications sur les particularismes régionaux ou encore sur les influences subies par les indigènes.

La vaisselle

A l’arrivée des Romains, les habitants de nos régions, tout en gardant leur vaisselier et batterie de cuisine traditionnelle, se mettent à utiliser de nouveaux récipients pour la cuisine et la table, d’importation ou d’inspiration méditerranéenne : mortiers, cruches, céramiques en terre sigillée.

La vaisselle en bois, réservée aux gens modestes, semble être modérément utilisée dans nos contrées. La vaisselle en céramique, la plus abondante et la mieux connue grâce aux nombreuses découvertes faites un peu partout sur le territoire de la Suisse romaine, est adoptée par tous et en tout temps. Les céramiques communes de table sont réservées aux gens de classes modeste et moyenne, tandis que les céramiques fines, généralement importées, comme la vaisselle en terre sigillée, assez chère, est probablement achetée par les classes moyenne et élevée. Il en va de même pour le bronze et le laiton. Le matériau le plus noble, l’or mis à part, demeure sans conteste l'argent. A certaines époques, le verre est très prisé et certains récipients peuvent être achetés au prix de la vaisselle en argent.

 

L'alimentation

La période romaine se distingue des époques antérieures par la richesse et la diversité des aliments consommés. Les céréales, les légumes et les légumineuses demeurent toutefois l’alimentation de base au nord des Alpes.

Un grand marché

Avec la conquête, de nouvelles denrées, rares ou inconnues des indigènes arrivent sur le marché. Il s’agit notamment de produits de luxe provenant de contrées lointaines. Les huîtres sont importées de Méditerranée ou de la côte Atlantique ; l'huile d'olive, les olives, les sauces à base de poissons et de crustacés, les maquereaux, les figues, les dattes, les pignons, les grenades, proviennent de différentes régions de la Méditerranée, tout comme les noix et les raisins qui seront cultivés sous nos latitudes probablement à partir du milieu du 1er siècle apr. J.-C. La cannelle, le poivre, le gingembre, le cardamome, l'anis, le cumin oriental, le sésame, le riz, proviennent quant à eux d’Inde, d’Arabie ou d’Ethiopie.

Lieux de production des principales denrées alimentaires consommées à l’époque romaine (carte).
Réalisation C. Demarmels, Service archéologique de l’Etat de Fribourg

Boire et manger

Les céréales cultivées dans nos régions sont principalement l’orge, l’épeautre, le millet et le froment. On en fait de la farine avec laquelle on confectionne des galettes, des pains, des bouillies (puls).
La plupart des gens cuisine avec de la graisse animale (saindoux) ou plus rarement du beurre. L'huile d'olive, importée en grande quantité du sud de l'Espagne, est surtout utilisée par les plus fortunés qui n'abandonnent toutefois pas complètement l'usage d'autres huiles locales fabriquées à partir de graines de lin ou de pavot.

Le miel sert à sucrer les aliments : on l’utilise notamment pour la de gâteaux et de pâtisseries, ainsi que pour la préparation de diverses sauces. On assaisonne volontiers les mets, avec des sauces aromatiques (garum) à base de poissons et de crustacés macérés dans du sel. Celui-ci est obtenu par captage de sources salées ou par l’exploitation de gisements de sel gemme, les régions littorales exploitant naturellement le sel marin.

Les épices et les plantes aromatiques les plus utilisées dans nos régions sont la coriandre, l'aneth, le céleri et le cumin indigène. Le fenouil, les pignons, la sarriette, la moutarde, le pavot et l’ail ne sont que rarement attestés. On trouve en outre de la marjolaine/origan, du serpolet, de la verveine et de la menthe.

Avec l'arrivée des Romains, le vin devient rapidement populaire. La bière, boisson gauloise traditionnelle, reste prisée dans nos régions. La plus répandue et la plus réputée est la cervoise à base d'épeautre. On se désaltère aussi avec de l'hydromel, boisson composée de froment fermenté, d'eau et de miel.

A la table des moins fortunés

Faisselle (ou moule à fromage) en terre cuite.
2e siècle apr. J.-C.

La puls, bouillie à base de céréales, le pain, les légumineuses, principalement les fèves et les lentilles, constituent le repas quotidien des gens simples. On peut y ajouter différentes sortes d’herbes aromatiques et de légumes comme les carottes, le chou, l'amarante, l’arroche des jardins, le céleri, l'oseille, la mâche, les navets et les betteraves.

Parmi les fruits consommés par tous, nous pouvons énumérer : les pommes, les poires, les cerises, les prunes, les noix, les noisettes, les fraises des bois, les framboises, les mûres, le sureau. Les champignons des bois sont également très appréciés.

Le fromage est largement consommé si l’on en croit les textes antiques qui vantent tout particulièrement celui des Alpes. Les faisselles (moules à fromage) en terre cuite retrouvées dans les fouilles en attestent la production.

La viande – porc, mouton, chèvre et plus rarement volaille – et le poisson figurent exceptionnellement au menu des jours de fête.

A la table des nantis

Les meilleurs morceaux de viande sont réservés aux plus riches ; ceux-ci optent aussi volontiers pour de l’agneau, de la volaille ou du gibier. Ils consomment de plus des produits de luxe comme les huîtres ou les maquereaux de Méditerranée, ainsi que des denrées « exotiques » comme le poivre, le melon, les dattes, les amandes, les pignons, l’ail, la courge-calebasse ou les olives. Les pêches, les raisins et les figues ont sans doute également fait partie de l’alimentation des classes moyennes. La culture de la pêche peut être attestée dans nos régions à partir du 1er siècle apr. J.-C.

La cuisine

Reconstitution d’une cuisine gallo-romaine
au 2e étage du musée

Les cuisines retrouvées dans nos régions sont très simples. Il s'agit le plus souvent d'une pièce au centre de laquelle se trouve un foyer à même le sol. Les aliments peuvent être mis dans diverses sortes de récipients que l’on dépose à l’intérieur du foyer, directement dans les braises ou sur un trépied. Ils peuvent également cuire dans un chaudron suspendu au-dessus du feu au moyen d’une crémaillère, elle-même fixée à une potence pivotante en bois.

Reconstitution d’un foyer gallo-romain
au 2e étage du musée

Les petites réserves comme le miel, les fruits, les légumes ou les herbes séchées, ainsi que certaines épices et condiments sont entreposés à la cuisine dans des pots à provisions. Les réserves plus importantes que l’on fait pour l’hiver sont stockées dans des amphores ou des dolia (jarres à provisions) dans des locaux appropriés.

 

Table et salle à manger

Reconstitution d’une table de service
gallo-romaine au 2e étage du musée

Les logements des familles simples sont en général exigus et ne permettent pas de manger allongés ; il n’y a en principe pas de séparation entre la cuisine et la pièce où l’on prend ses repas.

En revanche, villae et riches demeures urbaines possèdent une salle à manger (triclinium) séparée de la cuisine qui comporte en général trois lits disposés en U (lectus triclinaris). Sur chacun d’eux peuvent s’allonger trois convives.

Le sol du triclinium est fréquemment orné de mosaïques et les murs agrémentés de motifs peints. Les femmes se tiennent généralement assises sur des chaises placées près des lits, tandis que les enfants et les esclaves sont attablés séparément.

Les différents plats sont posés sur une petite table centrale. Les gens mangent avec les doigts. Ils n’utilisent ni couteau ni fourchette, tout au plus disposent-ils d’une petite cuillère à manche pointu.

Le choix du couvert

Le couvert se compose de bols de grandeurs variées pour le service des légumes et des pots au feu, ainsi que pour la présentation des différentes sauces qui accompagnent les mets romains. A cela s’ajoutent des coupes et des coupelles pour les épices, les herbes, le sel et les condiments, ainsi que des plateaux, plats et assiettes pour le service des viandes, volailles, gibiers, poissons, légumes, fruits ou gâteaux. On sert le vin et l'eau avec des bouteilles ou des cruches en céramique ou en verre, plus rarement en bronze ou en argent.

Les vases à boire, de dimensions variables, sont utilisés aussi bien pour contenir de l'eau, du vin, du moût, du lait ou de la bière. Les gobelets et les tonnelets sont très nombreux et véhiculent parfois des sentences liées à la boisson du vin : " remplis patron, verse ! " ou " je suis le roi des buveurs ".

Site et Musée romains d'Avenches
Case postale 237
CH - 1580 Avenches
 
T : +41 (0)26 557 33 00
F : +41 (0)26 557 33 13
musee.romain@vd.ch
 
D'avril à septembre :
Mardi à dimanche - 10h à 17h
Ouvert les lundis de Pâques et de Pentecôte; ouvert tous les jours en juin
 
Octobre et de février à mars :
Mardi à dimanche - 14h à 17h
 
De novembre à janvier :
Mercredi à dimanche - 14h à 17h.
Fermé les 25, 26 et 31 décembre et les 1er et 2 janvier