Histoire du site

À l’époque romaine, la ville d’Aventicum était le chef-lieu du territoire des Helvètes qui correspondait à peu près au Plateau suisse. Quelles ont été les principales étapes du développement de l'agglomération? Quelle place occupait cette ville au sein de l’Empire romain et du territoire suisse actuel? Petit survol historique.

De l'époque gauloise au Moyen Âge

Des origines gauloises

On a longtemps cru que la ville d’Aventicum était une fondation romaine, née vers le tournant de notre ère, quelques décennies après la conquête de la Gaule par Jules César. Or il n’en est rien! Les fouilles de ces dernières années ont en effet démontré qu’une véritable agglomération gauloise s’était développée à partir du 2e s. av. J.-C. autour de la colline d'Avenches. Plusieurs secteurs résidentiels, artisanaux, cultuels et funéraires y ont été explorés.

Le nom de l’agglomération – avant la conquête déjà? – dérive de celui d’Aventia, déesse protectrice celtique, attesté par plusieurs inscriptions d’époque romaine.

D’importants établissements gaulois sont par ailleurs connus sur les collines proches du Mont Vully et du Bois de Châtel.

Deux archéologues fouilles un puits
Fouille d'un puits datant probablement du 2ᵉ s. av. J.-C. (zone sportive d'Avenches, 2017)

La ville romaine

Quelques années avant notre ère, une ville romaine «nouvelle» se met en place dans la plaine. Son urbanisme se caractérise par un réseau de rues orthogonal, dessinant des îlots rectangulaires (insulae). La ville possède un forum (place publique), plusieurs établissements de bains (thermes) et un quartier religieux situé au pied de la colline.

Un port aménagé sur la rive sud du lac de Morat permet l’acheminement de la pierre nécessaire aux nombreuses nouvelles constructions romaines extraite de diverses carrières exploitées sur les rives du lac de Neuchâtel.

La ville connaît un premier «âge d'or» dans les années 30-50 ap. J.-C., sous les règnes des empereurs Tibère et Claude. En témoigne notamment un groupe sculpté plus grand que nature figurant des membres de la famille impériale, qui orne le forum de la ville.

Les temps troublés qui marquent la fin du règne de Néron et l’avènement de la dynastie flavienne, vers 68/69 ap. J.-C., marquent un nouveau tournant. Ayant échappé de peu à la destruction durant ces événements, Aventicum obtient le statut de colonie en 71 ap. J.-C., sous le nom de Colonia Pia Flavia Constans Emerita Helvetiorum Foederata. La ville se développe de façon spectaculaire, avec notamment la construction du mur d’enceinte et de l’ensemble formé par le théâtre et le sanctuaire du Cigognier. L’installation de l’amphithéâtre suivra peu après.

Vue aérienne de la ville d'Aventicum
Vue générale d'Aventicum à son apogée. Illustration B. Reymond

À son apogée,  Aventicum comptait une population résidente estimée à 20'000 personnes, en grande partie constituée d'Helvètes dont les élites ont sans doute conservé leur statut privilégié après l'intégration de leur territoire à l'Empire romain. Ces notables sont à la fois les acteurs de la romanisation des populations locales et les garants d’une certaine stabilité politique.


La fin de l’Antiquité et le Moyen Âge

Avenches demeure une ville florissante jusqu'au milieu du 3e s. ap. J.-C. S’ouvre alors une longue période de crises politiques et de marasme économique. Si son déclin est dès lors bien réel, la ville est néanmoins encore suffisamment importante pour devenir un siège épiscopal. Le dernier évêque d’Avenches, Marius (Saint-Maire), sera transféré à Lausanne à la fin du 6e s.

Si la fréquentation du site avant l’an Mil demeure assez discrète et mal connue, l’occupation de la colline se concrétise peu après, au 11e s., par l’érection d’une tour au-dessus de l’entrée principale de l’amphithéâtre. Cet édifice abrite depuis 1838 le Musée romain. S’ensuivront l’installation d’un petit prieuré bénédictin au siècle suivant, puis la fondation de la ville zähringienne au 13e s.

Vue de l'amphithéâtre d'Avenches
Vue de l'amphithéâtre romain d'Avenches. La tour a été érigée au 11ᵉ s. et abrite aujourd'hui le musée romain. Photo NVP3D

La Suisse au temps des Romains

C'est au plus tard vers 15 av. J.-C. que l’ensemble du territoire de la Suisse actuelle est annexé à l'Empire romain. Cinq différentes provinces se partagent ces terres: les Grisons et une grande partie de la Suisse orientale sont rattachés à la Rhétie, le Tessin et les vallées grisones du sud des Alpes appartiennent à l'Italie, le Valais aux provinces alpines et Genève à la Gaule Narbonnaise. Le Plateau, entre Jura et Alpes (territoire des Helvètes) ainsi que la région bâloise (pays des Rauraques) sont d'abord rattachés à la province de Gaule Belgique, puis à celle de Germanie Supérieure.

Principaux axes de circulation et établissements romains

D'importants axes de circulation sud-nord (la route du Grand-Saint-Bernard et celles des cols grisons) ainsi qu'un axe principal ouest-est à travers le Plateau traversent le territoire suisse actuel. S'y ajoutent les voies navigables, en l'occurrence la voie rhénane vers la Mer du Nord à partir des lacs de Neuchâtel et de Morat, et celle de la Méditerranée, par le lac Léman et le Rhône. Ces différents axes servent aux déplacements des troupes, au transport des personnes ainsi qu'aux échanges commerciaux à courte et longue distance.

Durant le 1er s. ap. J.-C., une légion – soit 6'000 soldats auxquels s’ajoutent des troupes auxiliaires – est stationnée dans le camp de Vindonissa (Windisch, canton d'Argovie).

Outre Avenches, les villes principales sont alors celles de Nyon (Colonia Iulia Equestris) et d’Augst (Augusta Raurica). D’autres agglomérations telles que Lausanne (Lousonna) et Martigny (Octodurus/Forum Claudii Vallensium) et des hameaux plus modestes ainsi qu'une multitude d'établissements ruraux complètent le paysage.

Le fondement de l'économie régionale demeure avant tout l'agriculture. Divers secteurs d'activité artisanaux se développent toutefois parallèlement, jusqu'à atteindre parfois une envergure industrielle. L'intégration du territoire dans un vaste réseau d'échanges commerciaux permet en outre l'importation de nombreux produits jusqu'alors inconnus, comme par exemple, dans le registre des denrées alimentaires, l'huile d'olive, les sauces de poissons, les dattes ou encore les huîtres.

Amphore romaine et restes de dattes
Amphore à dattes et restes de son contenu, découverts à Avenches en 1873. À l'époque romaine, des denrées alimentaires nouvelles sont importées dans nos régions