Vue du nettoyage de la mosaïque (re)découverte en 2022 à la Rue du Pavé

Fouilles

Ancienne capitale de l’Helvétie romaine, Avenches ne cesse de révéler les vestiges enfouis de son passé.

Depuis 1987, ses monuments majeurs et ses quartiers centraux bénéficient d’une protection légale, renforcée par la Loi cantonale sur la protection du patrimoine culturel immobilier (LPrPCI).

Chaque projet de construction offre ainsi aux archéologues l'occasion d’explorer, de documenter et de mettre en valeur ces vestiges d’intérêt national.

L'archéologie à Avenches

Les vestiges d’Aventicum suscitent l’intérêt des savants, des collectionneurs et des curieux dès le 16ᵉ s., mais c'est à la fin du 18ᵉ s. que remontent les premières fouilles documentées.

Longtemps menées par des amateurs éclairés, les interventions sur le terrain se sont peu à peu professionnalisées. Aujourd’hui, les archéologues ont pour mission essentielle de préserver les traces matérielles des activités humaines, les «archives du sol», lorsqu’elles sont menacées par les travaux de construction ou d’aménagement. C’est ce qu’on appelle les fouilles préventives.  

Avec l’urbanisation croissante d’Avenches, chaque intervention archéologique participe à une meilleure compréhension de la ville romaine et de son remarquable passé gaulois.

Vue aérienne des fouilles d'envergure menées en 2022 en anticipation d'un grand projet de construction dans la zone d'Au Milavy
Vue aérienne des fouilles d'envergure menées en 2022 en anticipation d'un grand projet de construction dans la zone d'Au Milavy

L’archéologie, ce n’est pas que des fouilles

Une fois le travail de terrain achevé, la mission des archéologues est loin d'être terminée. Il faut traiter les données récoltées sur le chantier. C'est la phase de post-fouille:

  • Le mobilier archéologique est lavé, identifié et inventorié, certains objets étant directement pris en charge par le laboratoire de conservation-restauration, puis est étudié par les différents spécialistes

  • Certains vestiges font l'objet d'une fouille en laboratoire, par exemple les urnes funéraires

  • Des prélèvements de sédiments sont tamisés afin de récupérer des objets de petite taille ou des macro-restes végétaux et animaux

  • Toutes les données recueillies au cours de la fouille sont analysées et interprétées

  • Les dessins faits à la main sur le terrain sont numérisés, et un plan complet des vestiges est réalisé

  • Un rapport d'intervention est rédigé

Ce travail de fond s’appuie sur une collaboration étroite avec de nombreux spécialistes – céramologues, numismates, anthropologues, archéozoologues, palynologues, géomorphologues, et bien d’autres – afin d’approfondir la connaissance du site.

Les résultats sont ensuite partagés avec la communauté scientifique et le grand public par le biais de chroniques de fouilles, d'articles ou de monographies, mais aussi lors de colloques et de conférences, et prennent parfois la forme d'expositions destinées à les mettre en valeur.

Autant d’étapes essentielles pour reconstituer l’histoire d’Aventicum, capitale des Helvètes.

Les fouilles génèrent parfois des quantités phénoménales de mobilier qu'il faut trier, enregistrer, conditionner et étudier
Les fouilles génèrent parfois des quantités phénoménales de mobilier qu'il faut trier, enregistrer, conditionner et étudier

Une équipe dédiée

Les archéologues des Site et Musée romains d'Avenches sont rattachés à la Direction de l'archéologie cantonale de l'État de Vaud depuis 2014. Ils assurent la conduite des fouilles préventives sur tout le territoire de la Commune d’Avenches, ainsi que les études qui s'en suivent. 

Nos chantiers

Chaque année, les interventions de terrain (surveillances, sondages et fouilles) sont nombreuses à Avenches. 


Explorez ci-dessous les rubriques dédiées aux fouilles archéologiques:


  • Actualité des fouilles — Pour suivre les découvertes les plus récentes
  • Anciennes actualités — Pour (re)découvrir les chantiers marquants des années passées
  • Chantiers majeurs — Pour parcourir plus d’un siècle de fouilles et consulter la liste des articles publiés
  • Résultats des fouilles — Pour accéder aux publications destinées à la communauté scientifique comme au grand public 

Actualité des fouilles

15.06.2025 - Des fouilles sous haute tension à la gare d’Avenches

Depuis début avril, les archéologues des SMRA accompagnent les travaux de réaménagement de la gare d’Avenches, menés sous l’égide des CFF et vivent une aventure peu commune. C'est une intervention pas comme les autres: sur ce chantier aux abords des voies, le trafic ferroviaire reste actif – voyageurs et marchandises compris.

Résultat: les archéologues doivent composer avec des protocoles de sécurité stricts et adapter leurs méthodes de fouilles en permanence, tout en respectant certaines interdictions afin de garantir leur sécurité. Tout est cadré, tout est millimétré!

Le suivi archéologique s’étend entre le passage à niveau proche de la Zone sportive et celui de la route de l’Estivage, 570 m plus à l’est. Côté gare, sur la parcelle servant de base au chantier CFF, les fouilles ont révélé un réseau dense de fossés – majoritairement drainants – dont les orientations et les datations sont variées. Modernes, romains, voire gaulois, ils s’ajoutent à ceux déjà documentés lors d’interventions précédentes. Plus loin derrière la Migros, ce sont des vestiges romains bien conservés qui ont été mis au jour à faible profondeur. Ils appartiennent à une grande domus installée entre les quartiers réguliers et le mur d’enceinte, le long d’un des grands axes de la ville antique.

Et comme si cela ne suffisait pas, les interventions des archéologues se sont aussi déroulées… de nuit! et en équipe réduite afin de suivre l'implantation de drainages le long des voies lorsque le trafic ferroviaire est temporairement suspendu. Sur ce chantier des CFF, dont l’achèvement est prévu fin 2026, le suivi archéologique devrait se poursuivre par intermittence pendant quelques mois encore (affaire à suivre...).


10.12.2025 – Le plan de la domus se précise

Les fouilles archéologiques liées aux travaux de réaménagement de la gare d’Avenches (cf. actualité précédente) se sont terminées, pour l’année 2025, à la fin du mois de septembre. Elles ont permis de poursuivre l'exploration de la grande domus située entre les quartiers réguliers et le mur d’enceinte de la ville romaine à proximité de la porte du Nord.

Le plan de ce bâtiment, dorénavant dénommé domus de l’Estivage, a pu être complété grâce aux vestiges découverts cette année, en excellent état de conservation et à seulement quarante centimètres sous les aménagements ferroviaires. Organisé autour d’une cour à péristyle, ce plan est carré, ce qui est inhabituel pour Aventicum, et présente une belle symétrie par ses proportions et la distribution de ses pièces. Sa façade principale, bordée d’un portique, est orientée vers le forum et ouvre sur une place publique qui crée un lien avec les insulae 3 et 4 Ouest.

Ambiance de fouille sur le site d’Au Milavy (2022)

Anciennes actualités

(Re)découvrez les anciennes actualités des fouilles, enrichies de liens vers les chroniques archéologiques et articles associés.

Focus sur les chantiers majeurs 

À Avenches, l’archéologie ne s’arrête jamais: plus d’une dizaine d’interventions sont conduites chaque année. 

Retrouvez ici la localisation et les dates des principales opérations menées sur le site, ainsi que les références aux chroniques de fouilles qui en retracent les résultats.

Consultez également la liste des articles consacrés aux fouilles. Les références bibliographiques sont classées par insulae, carrés topographiques, monuments, sites et auteurs.

Extrait d'un dessin de fouilles

Liens aux résultats 

  • Des rapports d'intervention sont rédigés et consultables (contact: pierre.blanc@vd.ch)
  • Les résultats préliminaires paraissent annuellement dans les chroniques des fouilles archéologiques du Bulletin de l'Association Pro Aventico - BPA, les Chroniques d’archéologie vaudoise - AVd, ainsi que sur la plateforme d'Archéologie suisse, CHRONIQUES online - AS Portal
  • Des études approfondies sont publiées dans le Bulletin de l'Association Pro Aventico - BPA, les Documents du Musée romain d'Avenches (DocMRA) disponibles sur la plateforme e-Helvetica, les Cahiers d'archéologie romande - CAR et les Chroniques d’archéologie vaudoise - AVd
  • S'adressant à un plus large public, certains articles du périodique Aventicum - Nouvelles de l'Association Pro Aventico sont consacrés à l’actualité des fouilles

Des siècles de fouilles et de recherche

L’archéologie à Avenches s’inscrit dans une longue tradition d’étude du site. Dès la fin du 18ᵉ s., les premières fouilles documentées livrent de précieux témoignages. Des aquarelles, gravures et relevés anciens sont conservés aux archives des SMRA. Les principaux monuments ont été mis au jour à cette époque et restent visibles aujourd’hui.

Les méthodes de fouille ont depuis beaucoup évolué. Les technologies numériques – photogrammétrie, drone, scanner 3D, géoradar, SIG et bases de données – offrent désormais une documentation plus précise et facilitent l’analyse des vestiges.

Les données recueillies nourrissent de nombreuses publications, reflet de la richesse et du dynamisme de la recherche à Avenches.


Pour en savoir plus: Aventicum. Une capitale romaine (Guide du site d'Avenches) 

À découvrir: Aventicum. Ville en vues

Parcourir les monuments visibles

Tout commence au 16e s.: Avenches attire déjà les curieux et les savants.

  • En 1536, l’historien Aegidius Tschudi y relève les premières inscriptions antiques. Dès le siècle suivant des érudits s’inquiètent de voir les ruines disparaître progressivement, recyclées pierre après pierre comme matériau de construction.
  • En 1731, le théologien zurichois Johann Caspar Hagenbuch, grand spécialiste des inscriptions antiques, dresse l’un des tout premiers plans du site. On y reconnaît déjà les principaux vestiges de la ville romaine.
  • Quelques décennies plus tard, le professeur Samuel Schmidt et son fils explorent les vestiges du palais de Derrière la Tour. Ils redégagent une immense mosaïque dédiée à Bacchus et Ariane, aujourd’hui disparue, mais dessinée à l’époque avec une finesse remarquable.


La plus ancienne vue connue et publiée d'Avenches et d'une ruine romaine, la colonne du Cigognier, par Matthäus Merian l'Ancien (1642)
La plus ancienne vue connue et publiée d'Avenches et d'une ruine romaine, la colonne du Cigognier, par Matthäus Merian l'Ancien (1642)


Les premières fouilles rigoureuses commencent en 1786 avec l’architecte bernois Erasmus Ritter, qui est chargé de recenser les antiquités d’Aventicum et dont les travaux marquent un tournant dans l’étude du site. Son ouvrage de 1788, Mémoire abrégé et recueil de quelques antiquités de la Suisseest le premier travail scientifique sur Aventicum. On lui doit aussi plusieurs relevés précis de divers monuments et blocs sculptés.


À la même époque, l’aristocrate anglais Lord Spencer Compton explore lui aussi la ville antique, accompagné du peintre fribourgeois Joseph-Emmanuel Curty qui immortalise les lieux à travers de magnifiques aquarelles.


Fouille de bains antiques et documentation d'un hypocauste à Avenches à la fin du 18ᵉ siècle. Aquarelle de Joseph-Emmanuel Curty (1786) qui s'est représenté lui-même au premier plan
Fouille de bains antiques et documentation d'un hypocauste à Avenches à la fin du 18ᵉ siècle. Aquarelle de Joseph-Emmanuel Curty (1786) qui s'est représenté lui-même au premier plan

Le mur d’enceinte est le premier des grands monuments à faire l’objet d’investigations archéologiques dans les années 1830 à 1840. Au fil du 20e s., d’autres campagnes de fouilles suivront, donnant lieu à des restaurations majeures de certains tronçons de la muraille et de la porte de l’Est.


Fouille du mur d'enceinte et du fossé défensif (1907)
Fouille du mur d'enceinte et du fossé défensif (1907)


Face aux fouilles sauvages et au pillage qui se poursuivent un peu partout sur le site, des érudits fondent en 1885 l’Association Pro Aventico, avec une ambition claire:

  • Mener des fouilles systématiques et méthodiques
  • Protéger les vestiges
  • Étudier scientifiquement les découvertes

Les premières interventions se concentrent sur deux zones majeures: la nécropole de la porte de l’Ouest et le théâtre. Ce dernier, qui avait été identifié un siècle auparavant par l’architecte Erasmus Ritter, était très endommagé car il servait de carrière de récupération de matériaux de construction!

En 1938, sous l’impulsion de Louis Bosset, archéologue cantonal, Aventicum entre dans une nouvelle ère: celle des fouilles systématiques et intensives de grande ampleur. Des chômeurs et des soldats français internés en Suisse collaborent à ces grands travaux qui vont révéler certains des monuments emblématiques, encore visibles aujourd’hui:


Fouilles au pied du podium du temple du Cigognier sous haute surveillance (1940)
Fouilles au pied du podium du temple du Cigognier sous haute surveillance (1940)
Gigantesques travaux de dégagement des arènes de l'amphithéâtre (1943)
Gigantesques travaux de dégagement des arènes de l'amphithéâtre (1943)


En 1939, une découverte exceptionnelle vient couronner tous ces efforts: le buste en or de Marc Aurèle.


Les jours suivants sa découverte, le buste de Marc-Aurèle est amené "en grande pompe" sur le chantier du Cigognier afin d'y être exposé. Le soir il retourne à la banque, à l'abri des voleurs (1939)
Les jours suivants sa découverte, le buste de Marc Aurèle est amené "en grande pompe" sur le chantier du Cigognier afin d'y être exposé. Le soir il retourne à la banque, à l'abri des voleurs (1939)

À l’aube des années 1960, Avenches s’étend. À l’est de la ville, une zone industrielle en plein développement pousse les archéologues à intervenir en urgence. G. Th. Schwarz supervise les opérations. C’est tout un vaste périmètre de quartiers d’habitat et d’artisanat (potiers, tuiliers) qui se révèle. Schwarz mène également des sondages topographiques qui précisent considérablement le plan des insulae. On assiste par ailleurs à:

  • La création de la Fondation Pro Aventico, subventionnée par le Canton de Vaud et la Confédération, en 1964. Une équipe professionnelle est désormais en place pour superviser chaque intervention
  • La découverte des vestiges de l’église Saint-Martin et des sépultures paléochrétiennes d’En Saint-Etienne en 1967-68


Fouilles de la grande domus de l'insula 4 ouest (1969)
Fouilles de la grande domus de l'insula 4 ouest (1969)


L'année 1969 voit le début des suivis préventifs systématiques. L’introduction d’une loi cantonale sur la protection du patrimoine entraîne la multiplication des interventions d’urgence dans divers quartiers (insulae 3 à 10, 12, 14-16) de la ville romaine, révélant de somptueuses domus


On fouille également:


Dégagement d'un four de tuiliers dans les quartiers nord-est (1963)
Dégagement d'un four de tuiliers dans les quartiers nord-est (1963)
Fouille d'une imposante domus à l'insula 10 (1970)
Fouille d'une imposante domus à l'insula 10 (1970)

Le boom immobilier de la fin des années 1980 relance des fouilles préventives de grandes ampleurs, notamment sur le site du palais de Derrière la Tour, mais aussi dans les insulae 13 et 19 voisines, révélant un atelier de verriers, de prestigieuses domus, ainsi que les plus anciens thermes connus d’Aventicum


Vue de l'abside de la piscine des thermes de l'insula 19. Ce vaste bassin présente une longueur de 17,50 m et une largeur de 10,30 m pour une profondeur de 1,20 m (1994)
Vue de l'abside de la piscine des thermes de l'insula 19. Ce vaste bassin présente une longueur de 17,50 m et une largeur de 10,30 m pour une profondeur de 1,20 m (1994)


Dans les années 1990, des sondages programmés ciblent la vaste zone des sanctuaires et mènent à la fouille et à la découverte de plusieurs temples:


Vue de la partie arrière du temple de Derrière la Tour (1996)
Vue de la partie arrière du temple de Derrière la Tour (1996)


Au lieu-dit Au Lavoëx, entre le théâtre romain et le Temple du Cigognier, on met en évidence deux autres temples et un imposant édifice quadriportique entouré d’un enclos. Des structures funéraires de la fin du Second âge du Fer sont également mises en évidence sous ces bâtiments religieux.


Vue aérienne du Temple sud du sanctuaire d'Au Lavoëx (1998)
Vue aérienne du Temple sud du sanctuaire d'Au Lavoëx (1998)


Entre 1997 et 1999, les fouilles au théâtre livrent des traces exceptionnelles d’une occupation tardive (4e s.), avec un fossé défensif témoignant de la transformation de ce monument de spectacle… en fortification. Les indices d’une fréquentation continue du secteur jusqu’au 7e s. sont également mis en évidence.

Au début des années 2000, plusieurs centaines de mètres de travaux en tranchée - menés pour l’installation du chauffage à distance au sein de la ville et dans le cadre d’améliorations foncières dans des zones périphériques – sillonnent différents secteurs du site romain. On découvre notamment le cimetière d’À la Montagne, le plus ancien connu d’Avenches, situé tout près d’un atelier de potier.


Sépultures à inhumation du cimetière d'À la Montagne (2001-2002)
Sépultures à inhumation du cimetière d'À la Montagne (2001-2002)


Les fouilles menées en 2006 et 2008 dans le bourg médiéval révèlent les deux principales portes de la ville du 13e s.:


En 2010, c’est un puits du 17e s. mis au jour au sommet de la colline sur la place de l’Eglise qui a pu être fouillé entièrement (16 m de profond) grâce à l’assistance de spéléologues.


Puits du 17e sur la place de l'Eglise. Le dispositif de pompage était encore partiellement conservé (2010)
Puits du 17ᵉ sur la place de l'Eglise. Le dispositif de pompage était encore partiellement conservé (2010)


L’extension et la densification des zones résidentielles d’Avenches s’intensifient dès les années 2010 et entraînent l’ouverture d’importants chantiers archéologiques.

  • Des fouilles d’envergure sont menées dans les quartiers d’habitats romains (nord insula 6 en 2011, insula 8 en 2012, insula 15 en 2013 et insula 3 en 2019). Elles permettent d’étudier très finement l’évolution architecturale et fonctionnelle de domus sur plusieurs siècles.
  • Dans les régions périphériques occidentales, plusieurs secteurs fouillés entre 2014 et 2022 (Au Milavy, Sur Fourches, Sous Ville, Faubourg, zone sportive) conduisent à l’identification d’une importante agglomération gauloise avec une route, des zones d’habitat, des secteurs funéraires et cultuels, ainsi que des pôles d’activités artisanales (potiers et tanneurs en particulier).


Documentation de trois siècles d'occupation continue au cœur de l'insula 15 (2013)
Documentation de trois siècles d'occupation continue au cœur de l'insula 15 (2013)
Vue par drone des fouilles en cours de la domus à péristyle de l'insula 3 (2019). Photo S. Ruttimann
Vue par drone des fouilles en cours de la domus à péristyle de l'insula 3 (2019). Photo S. Ruttimann


À partir de 2014, les interventions menées au nord de la colline et le long de la voie romaine qui la contourne au sud contribuent à mieux connaître certains quartiers périphériques encore peu explorés, principalement dans les secteurs de la route du Faubourg (2014, 2017-2019, 2021-2022) à l’ouest, mais aussi de la place de la Gare-Aventica (2018) au nord. Situés en marge de quartiers réguliers de la ville romaine, ils se superposent aux vestiges de la ville gauloise. Les travaux mettent entre autres en évidence:

  • Des maisons luxueuses, avec mosaïque et pièces chauffées
  • Des installations artisanales (métallurgie, four à pain) et commerciales installées le long de deux voies romaines
  • Une occupation (four à chaux, fonds de cabane et sépultures) pendant l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge


Vue de la mosaïque aux marbres précieux découverte sous la route de contournement d'Avenches (2018)
Vue de la mosaïque aux marbres précieux découverte sous la route de contournement d'Avenches (2018)

L'État s'engage pour Avenches

En 2014, une page se tourne: la Fondation Pro Aventico est dissoute.

Le Canton de Vaud décide d’internaliser l’équipe des SMRA, rattachant les archéologues à la Direction de l'archéologie cantonale. L’objectif est d’assurer en continu la gestion des fouilles, l’étude approfondie des découvertes et leur valorisation scientifique.

Dans les années 1970, des installations portuaires romaines et une petite nécropole sont mises au jour sur l’ancien rivage du lac de Morat à 1 km au nord d’Aventicum.

Mais c’est entre 1987 et 1995, avec la construction de l’autoroute A1 Yverdon-Morat, que le site d’En Chaplix révèle toute l’ampleur d'un complexe cultuel et funéraire d'exception:

  • Un sanctuaire de tradition indigène
  • Deux gigantesques mausolées
  • Une nécropole de plus de 200 sépultures


Vue aérienne de l’ensemble cultuel et funéraire d’En Chaplix (1989). Photo R. Vorlet
Vue aérienne de l’ensemble cultuel et funéraire d’En Chaplix (1989). Photo R. Vorlet


Les découvertes s’enchaînent ensuite jusqu’au début des années 2000:

Ces infrastructures semblent liées à une grande villa suburbaine (dite du Russalet) encore inexplorée à ce jour.


Four de tuiliers du Russalet (1994)
Four de tuiliers du Russalet (1994)


En 2007, l’extension de la zone industrielle Nord-Est dévoile de nouveaux témoins de cette intense activité périurbaine, mêlant vie, mort, culte et artisanat:


Vestiges du moulin hydraulique des Tourbières (2007)
Vestiges du moulin hydraulique des Tourbières (2007)

La fréquentation du territoire avenchois remonte bien avant «Avenches la Romaine». Entre 2008 et 2022, les fouilles menées à l’ouest et au nord de la colline révèlent une partie de son passé préhistorique.

  • La découverte de très nombreux silex – pointes de flèche, lamelle, grattoirs et éclats retouchés – témoigne du passage des chasseurs-cueilleurs du Mésolithique (entre 9500 et 7000 av. J.-C.).
  • Des traces de foyer et quelques objets – haches en pierre polie, pointes de flèches en silex – signalent une présence humaine au cours de plusieurs périodes du Néolithique (entre 5500 et 3500 av. J.-C.).
  • Plusieurs pierres de types menhirs mises au jour dans l’ancien lit du ruisseau du Ruz pourraient appartenir à un site mégalithique.
  • Plusieurs occupations pendant l’âge du Bronze (entre 2200 et 1000 av. J.-C.) sont révélées par du mobilier (céramique, pointes de flèches en bronze, objets de parure), des structures (foyers à pierres chauffées, fosses et trous de poteau), tout comme un ancien passage à gué en bois effondré.
Petit outillage en silex: n° 1, pointe de flèche du Néolithique ; n° 2-5, lamelles et nucleus du Mésolithique découverts à Sur fourches (2005, 2006 et 2015). Photo J. Bullinger, MCAH
Petit outillage en silex: n° 1, pointe de flèche du Néolithique ; n° 2-5, lamelles et nucleus du Mésolithique découverts à Sur fourches (2005, 2006 et 2015). Photo J. Bullinger, MCAH


La période du Premier âge du Fer (entre 800-450 av. J.-C.) est encore très discrète. Les rares découvertes (résidus de foyer, céramiques, éléments de parure et pointe de flèche en bronze) se situent principalement à l’est de la colline, sous les insulae romaines. Un site d’habitat est connu à 1,5 km de distance, à En Chaplix.


Le début du Second âge du Fer (entre 450 et 150 av. J.-C.) est tout aussi furtif. L’existence d’un habitat, qui reste encore à localiser, est supposé par la découverte entre 2003 et 2018 de plusieurs fibules caractéristiques (type Marzabotto) et d’un secteur d’activités avec des résidus de foyers.

Mis au jour sous le Temple rond romain en 1992, au moins un des deux personnages inhumés en position assise pourrait être contemporain de cette période.


Les deux personnages inhumés assis découverts sous le Temple rond (1992)
Les deux personnages inhumés assis découverts sous le Temple rond (1992)

Longtemps en retrait de l’histoire officielle, le passé gaulois d’Avenches refait peu à peu surface.

  • Dès les années 1990, plusieurs découvertes - sépultures, fosses à dépôts, objets et céramiques – suggèrent une fréquentation à la fin du Second âge du Fer (La Tène finale, entre 120 et 30/20 av. J.-C.). Le très vaste quartier des sanctuaires romains livre plusieurs incinérations, fosses à dépôts et petits édifices cultuels. Ceux-ci se trouvent systématiquement sous les maçonneries des temples romains.
  • Il faut attendre les fouilles de 2003 à 2005, au lieu-dit Sur Fourches, pour voir émerger les premiers vestiges tangibles d'un habitat.
  • Puis tout s’accélère à partir de 2014: une vingtaine de zones fouillées à l’ouest et autour de la colline révèlent les contours d’une véritable agglomération gauloise qui se met en place dès la fin du 2e s. av. notre ère, aux portes de ce qui deviendra Aventicum. Tout y est: voie, habitations, artisanat, espaces funéraires et cultuels.


Localisation des secteurs (en orange) qui ont livré des vestiges gaulois
Localisation des secteurs (en orange) qui ont livré des vestiges gaulois


À partir de 2019, un ambitieux projet de recherche collectif et pluridisciplinaire: «ORIGINES. Les origines gauloises d’Aventicum, capitale des Helvètes» est mis sur pied pour mener à bien les études et la publication de ces découvertes exceptionnelles. Dans ce cadre:

  • Des fouilles programmées ont été réalisées entre 2020 et 2022 sur le site voisin du Bois de Châtel: une portion du fossé défensif et des restes du rempart de ce site fortifié sont enfin mis au jour
  • Une exposition temporaire (2022-2024) et un colloque (2024; actes à paraître) ont déjà été organisés


À découvrir: Avenches La Gauloise (livret de l'exposition, librairie en ligne)


Fouille des grandes fosses et de la route gauloises du site de Faubourg (2014)
Fouille des grandes fosses et de la route gauloises du site de Faubourg (2014)
Fouille du fossé du site fortifié gaulois du Bois de Châtel. À droite de l’image, four à chaux de l’Antiquité tardive (2022)
Fouille du fossé du site fortifié gaulois du Bois de Châtel. À droite de l’image, four à chaux de l’Antiquité tardive (2022)

Plan archéologique

L’engouement pour l’Antiquité pendant la Renaissance attire à Avenches des érudits venus de toute l’Europe, qui visitent et dessinent les ruines d’Aventicum.


Au fil des siècles et des premières fouilles systématiques, ces esquisses évoluent vers de véritables plans, de mieux en mieux documentés.


Et aujourd’hui? Les outils numériques permettent de produire des plans et des cartes archéologiques d’une précision remarquable.

Des aquarelles... 

Les premiers dessins des ruines d’Aventicum – la colonne du Cigognier et le mur d’enceinte – apparaissent dès le début du 16e s.

Il faut attendre le 18e s. pour voir naître des plans (dessins et aquarelles) intégrant non seulement les vestiges encore visibles, mais aussi la topographie et les lieux-dits de l’époque.


... aux relevés scientifiques

Le 19e s. marque un tournant. Les premières fouilles documentées et les progrès en cartographie et mensuration changent la donne. En 1888, l’Association Pro Aventico réalise le tout premier plan archéologique du site: tous les bâtiments antiques sont localisés, avec leur année de découverte, sur un fond cadastral. 

C’est en 1945 que la trame urbaine romaine (les insulae) est représentée sur un plan avec une précision impressionnante.

Pour approfondir: Historique du plan archéologique


Vers un plan numérique

Au fil des décennies, l’intense activité de fouilles liée au développement d’Avenches dans la deuxième moitié du 20e s. ne cesse d’enrichir le plan archéologique. Ce dernier a été dessiné à l’encre de chine sur un calque géant jusqu’à sa numérisation en 2002. Aujourd’hui en perpétuelle évolution, il faudra encore du temps pour que toutes les données anciennes soient vectorisées.

Découvrez le Plan archéologique d'Avenches (1:2500), état 2025

Carte archéologique

Une carte archéologique vise à rassembler une multitude de données – plans de fouilles, cadastre, cartographie des objets, résultats de prospection, pour n’en citer que quelques-unes – afin d’offrir une vue d'ensemble facilitant les recherches. 

Pour enrichir ces cartes d'une dimension informative, les systèmes d'information géographique (SIG) sont essentiels.

Le plan archéologique d’Aventicum est intégré dans un SIG depuis 2008. C'est une véritable mosaïque de données. 


Il croise, superpose et rend consultables:

  • les anciens plans
  • les données géologiques, topographiques et cadastrales
  • les photographies aériennes
  • les prospections terrestres et les relevés géophysiques
  • les emprises de fouilles anciennes et récentes
  • les vestiges identifiés et leurs données altimétriques
  • les zones de classement et les régions archéologiques
  • et bien plus encore…


Le SIG, en constante mise à jour, permet une gestion optimale du site. C’est un outil précieux facilitant la préparation des chantiers de fouilles et l’élaboration de publications scientifiques en générant des plans et des cartes de répartition. Il peut également servir d’outil statistique pour des études spécifiques.

À disposition des chercheurs, il est consultable à la demande (contact: hugo.amoroso@vd.ch)


À lire à ce sujet: Aventicum à la carte

Cadre légal

Le site d’Aventicum bénéficie d’un arrêté de classement depuis 1987 garantissant la protection de ses principaux monuments et d'une grande partie de la ville romaine. 


Les bases légales, processus de protection et implications financières en cas d’atteinte au patrimoine archéologique sont régis par la Loi sur la protection du patrimoine culturel et immobilier (LPrPCI) et son règlement d'application (RLPrPCI).

Un patrimoine protégé 

Chaque vestige est un témoin irremplaçable de l’histoire.

Tous les monuments emblématiques d'Aventicum sont protégés par la loi: l’amphithéâtre, le théâtre, le mur d’enceinte, la porte de l’Est et la Tornallaz, le temple du Cigognier, les thermes de Perruet, ainsi que le castrum du Bois de Châtel.

La protection s’étend également à des zones entières de la ville antique réglementant la manière dont on construit, aménage ou cultive les terres. 

Ces périmètres de classement couvrent les abords du forum (insulae 20 à 42), les voies d’accès à la ville, les nécropoles, le secteur du port et du canal antique, ainsi que la zone funéraire d’En Chaplix. Ces zones sont inconstructibles.

L’ensemble du territoire d’Avenches est par ailleurs défini comme région archéologique.


Un cadre strict régi par la loi

Tout projet de construction ou d’aménagement en région archéologique requiert une autorisation spéciale délivrée par la Direction de l’archéologie cantonale.

Concrètement: chaque demande est analysée et évaluée par un·e conservateur·trice du patrimoine. Si le terrain est sensible, des sondages de diagnostic, des fouilles ou des mesures de protection peuvent être exigés par voie de préavis archéologique lors de la mise à l'enquête publique du projet.

À l'entrée d'Avenches, vue de sondages de diagnostic (à droite) et de deux chantiers de construction (1er et 2e plans) ayant suscité des fouilles préalables
À l'entrée d'Avenches, vue de sondages de diagnostic (à droite) et de deux chantiers de construction (1er et 2e plans) ayant suscité des fouilles préalables

Contact

Pierre Blanc – Conservateur du patrimoine - responsable des fouilles
Site et Musée romains d’Avenches
Av. Jomini 16
CH-1580 Avenches
+41 (0) 26 557 33 20
pierre.blanc@vd.ch