Vue de la maquette du palais de Derrière la Tour
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Palais de Derrière la Tour

Avec une surface de près de 15 000 m² à son apogée, le palais de Derrière la Tour figure parmi les plus vastes et les plus prestigieuses demeures d’Aventicum

Bien plus qu’une résidence, il était le siège des affaires privées et officielles d’une grande famille, affichant avec éclat son prestige et son influence.

Une résidence hors norme

Situé sur le flanc nord de la colline, le palais de Derrière la Tour domine la plaine de la Broye. À l’écart du tissu urbain d’Aventicum, il se distingue par ses dimensions exceptionnelles et son plan original, qui évoque davantage les grandes maisons de maître rurales que les domus urbaines. 

Aboutissement d’une évolution architecturale de près de deux siècles, cet ensemble architectural atteint son apogée au début du 3e s. ap. J.-C. Avec une façade d’environ 200 mètres de long, il s’organise alors autour de deux grandes cours-jardins bordées de galeries couvertes, auxquelles s’adossent les différents corps de bâtiments.

Incrustation du palais dans le paysage actuel. A l'arrière-plan à droite, l'amphithéâtre et la vieille-ville d'Avenches. Restitution L. Francey
Incrustation du palais dans le paysage actuel. A l'arrière-plan à droite, l'amphithéâtre et la vieille-ville d'Avenches. Restitution L. Francey

Le pavillon à abside était accessible par quelques marches depuis le portique de la cour-jardin
Le pavillon à abside était accessible par quelques marches depuis le portique de la cour-jardin

Un lieu de vie, de réception et d’administration  

Le corps central, le plus luxueux, abrite les espaces privés de la famille, sans doute sur plusieurs niveaux, ainsi que de grandes salles de réception ouvertes sur un vaste espace d’agrément d’environ 2 300 m². La salle d’apparat principale accueillait la célèbre mosaïque de Bacchus et Ariane, aujourd'hui perdue bien qu'elle fut la plus grande mosaïque jamais découverte en Suisse. À l’arrière de la cour-jardin, un pavillon à abside, interprété comme une salle à manger d’été (triclinium), se distingue par ses fresques et sa mosaïque centrale.

L’aile orientale semble endosser un rôle plus fonctionnel, lié aux activités administratives et économiques du propriétaire. Elle comprend sans doute des logements pour les hôtes de marque et le personnel rattaché au fonctionnement du palais, mais aussi des bureaux et un vaste ensemble thermal.

Vue des imposantes maçonneries de l'aile thermale lors des fouilles en 1989
Vue des imposantes maçonneries de l'aile thermale lors des fouilles en 1989

Trois siècles de découvertes      

Le site est connu dès le début du 18e s. grâce à la découverte de la spectaculaire mosaïque de Bacchus et Ariane. Entièrement dégagé en 1750-1751 et soigneusement documentée, ce pavement monumental de 216 m² s’est toutefois rapidement dégradé et a aujourd’hui disparu.

Les fouilles menées au 19e et au début du 20e s. ont progressivement révélé l’ampleur de la demeure et ont conduit à la découverte, en 1862, du célèbre relief de la Louve allaitant Rémus et Romulus. 

Depuis la fin des années 1980, de nouvelles campagnes archéologiques ont permis de retracer l’évolution complète du palais, dont ne sont visibles aujourd’hui que de modestes vestiges en contrebas de la rue du Pavé.

Relevé de la mosaïque de Bacchus et Ariane réalisé par le géomètre David Fornerod en 1752
Relevé de la mosaïque de Bacchus et Ariane réalisé par le géomètre David Fornerod en 1752

Une architecture de prestige

Le luxe exceptionnel de cette demeure se manifeste à travers de nombreuses mosaïques, des fresques de grande qualité, des placages de marbres d’origines lointaines ou encore de nombreux aménagements décoratifs et d’agrément – blocs d’architecture finement sculptés, bassins en pierre, probables jets d’eau dans les jardins, reliefs et sculptures en pierre et en bronze.

Le plus grand confort est assuré par des dispositifs de chauffage (hypocaustes) présents dans plusieurs pièces, mais aussi par l’accès à des bains thermaux privés et des latrines.

Maquette du palais réalisée en 2010 par H. Lienhard
Maquette du palais réalisée en 2010 par H. Lienhard

Une demeure d’exception pour une famille d’influence

La découverte en 1995 d’un petit fragment de «table de patronat» en bronze (une sorte de convention liant un notable avec une cité qui l’honore du titre de patron) portant les quatre lettres OTAC permet d’identifier le probable propriétaire du palais, un membre de la puissante famille des Otacilii.

Plusieurs indices – inscriptions à caractère juridique, de nombreux instruments liés à l’écriture, une jambe de cavalier en bronze doré provenant d’une statue équestre impériale ou encore le relief de la louve – suggèrent que des fonctions administratives et officielles s’exerçaient au sein du palais. On peut donc imaginer une étroite relation des maîtres des lieux avec les plus éminents représentants de l’administration provinciale ou impériale, qui ont pu y séjourner en certaines occasions.