Vue aérienne du sanctuaire du Cicognier. Photo NVP3D
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Sanctuaire du Cigognier

Reconnaissable à sa colonne restée debout au fil des siècles, le sanctuaire du Cigognier est, par ses dimensions exceptionnelles, le plus grand édifice religieux de la cité romaine. 

Il était probablement dédié aux divinités protectrices de la communauté helvète et au culte de l’empereur.

Un vaste complexe monumental

Construit vers 98 ap. J.-C., le sanctuaire se compose d’un temple intégré au côté nord d’une grande cour intérieure, bordée sur les trois autres côtés par un portique à colonnade. Le temple est porté par un podium qui rehausse également le vaste portique. Le haut mur fermant l’ensemble au sud estpercé d’une porte afin d’assurer la liaison axiale avec le théâtre.

Cet ensemble architectural est le plus grand sanctuaire d'Aventicum. Il s'étend sur près de 112 x 119 m et le temple culmine à 23 m de hauteur. 

Proposition de restitution du complexe architectural du sanctuaire du Cigognier. Restitution B. Reymond
Proposition de restitution du complexe architectural du sanctuaire du Cigognier. Illustration B. Reymond

Fouille de l'allée centrale en 1938, faite de grandes dalles de grès coquillier
Fouille de l'allée centrale en 1938, faite de grandes dalles de grès coquillier

Un modèle inspiré de Rome

Son architecture se rapproche de celle du Forum de la Paix, un grand monument édifié à Rome pour célébrer les victoires de l’empereur Vespasien en Judée.

Tout comme le plan du sanctuaire, les techniques et matériaux employés visent à reproduire le luxe des édifices impériaux de Rome. Fondations massives en calcaire jaune, portiques en grès, élévations et dallages en calcaire blanc imitant le marbre, ainsi que placages de pierres colorées souvent importées de régions lointaines, témoignent de cette ambition.

Le décor sculpté est également particulièrement soigné: corniches à modillons figurés, frises de monstres et de dragons marins, chapiteaux corinthiens finement ciselés et probablement peints.

Tête d'un guerrier celte mort en bronze doré. Photo P. Lutz
Tête d'un guerrier celte mort en bronze doré. Photo P. Lutz

Un sanctuaire de la cité des Helvètes sous la protection de l'empereur

Le sanctuaire du Cigognier n'était pas dédié à un seul dieu. Les découvertes indiquent que plusieurs divinités romaines et celtiques, protectrices de la civitas Helvetiorum (la cité des Helvètes) y étaient vénérées.

En outre, la ressemblance frappante avec le Forum de la Paix à Rome, la symbolique du décor architectural, la découverte d’une tête en bronze doré d’un guerrier celtique tombé au combat et l’association sanctuaire – théâtre romain sont autant d’indices pour en faire aussi un sanctuaire dédié au culte rendu à l’empereur.

La colonne du Cigognier est la seule restée debout depuis près de deux mille ans
La colonne du Cigognier est la seule restée debout depuis près de deux mille ans

La colonne du Cigognier

Haute de près de 12 m et constituée de blocs de calcaire blanc provenant de la région de Concise (VD), la colonne du Cigognier est la seule conservée en élévation. Elle permet de restituer une façade monumentale d’environ 20 m de hauteur et marque le point de jonction entre le portique nord et le temple. Ses quatre faces de forme différente sont essentielles à la compréhension de l’architecture de l'ensemble. Si elle n’avait pas traversé les siècles, il aurait été impossible de proposer une reconstitution fiable du sanctuaire.

Elle est dite du «Cigognier» à cause d’un nid de cigognes, qui apparaît pour la première fois en 1642 sur une gravure de l'artiste Matthäus Merian l’Ancien et qui a été déplacé lors de la restauration de la colonne en 1978.

Scène d'offrande sous le portique à colonnade. Illustration B. Reymond
Scène d'offrande sous le portique à colonnade. Illustration B. Reymond

Lieu de cérémonies et de rites

Le temple ainsi que les portiques à colonnade laissent imaginer que ces importants espaces couverts pouvaient accueillir une foule nombreuse, venue pour accomplir des rites, assister à des cérémonies ou participer à des assemblées de nature religieuse ou politique.

L'immense cour intérieure (80 × 61 m), partiellement fouillée entre 1938 et 1940, est traversée par une allée dans l’axe du temple, aujourd’hui remblayée pour des raisons de conservation. Probablement empruntée lors de processions entre le théâtre et le lieu de culte, elle conserve en son centre un aménagement quadrangulaire, qui pourrait correspondre à la base d’un important groupe statuaire ou d'un autel monumental.