Vue aérienne du temple de la Grange des Dîmes. Photo NVP3D
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Temple de la Grange des Dîmes

Situé au pied de la colline et donnant sur la principale voie d’accès à la ville antique depuis l’ouest, le temple de la Grange des Dîmes est l’un des premiers lieux de culte des communautés autochtones romanisées.

Son architecture très singulière mêle étroitement traditions locales helvètes et formes romaines.

Entre traditions gauloises et influences romaines

Construit vers la fin du 1er s. ap. J.-C., le temple de la Grange des Dîmes succède à un petit édifice de culte de tradition gauloise.

Sa forme originale mêle plusieurs types d’architecture. Elle reprend le plan des temples gallo-romains hérité des sanctuaires celtiques, caractérisé par une pièce centrale carrée (cella) dédiée à la divinité et entourée d’une galerie périphérique. L'ensemble adopte aussi une architecture monumentale typiquement romaine, avec un temple surélevé sur un podium, accessible par un large escalier et précédé d’un imposant porche à fronton (pronaos) en avant de la cella.

L’édifice impressionne par ses dimensions. Avec 20 m de côté, le podium s’élève à 3,50 m au-dessus du sol et l’escalier monumental présente une largeur de 8,50 m. Le portique périphérique est supporté par 30 colonnes d’une hauteur de 4,80 m, alors que le porche culmine à près de 13 m de hauteur, en avant de la pièce centrale en forme de tour, encore plus élevée.

Proposition de restitution du temple de la Grange des Dîmes et du portique monumental qui délimite l'aire sacrée. Restitution M. Glaus et Th. Hufschmid
Proposition de restitution du temple de la Grange des Dîmes et du portique monumental qui délimite l'aire sacrée. Restitution M. Glaus et Th. Hufschmid

Partie nord du temple mise au jour en 2004 et visible aujourd'hui grâce à un marquage au sol à la surface de la route
Partie nord du temple mise au jour en 2004 et visible aujourd'hui grâce à un marquage au sol à la surface de la route

Un temple sous la grange

Le lieu-dit «La Grange des Dîmes» évoque la grange qui avait été construite sous le régime bernois (1536 - 1798) pour la collecte de l’impôt en nature, la dîme, à l’emplacement du temple dont on ignorait alors l’existence.

Le temple a été découvert de manière fortuite en 1905 lors de fouilles visant à retrouver dans ce secteur les restes de la chapelle de St-Symphorien, fondée au 6e s. par l’évêque Marius d’Avenches. 

Des recherches menées au début des années 1960, puis en 1992 ont permis d’en préciser le plan et l’architecture. Cette année-là, on met en évidence le portique monumental qui délimite l’aire sacrée du sanctuaire ainsi qu'un nouveau temple de plan circulaire, appelé le temple rond.

Ornement de la toiture du temple: acrotère en bronze doré d'une hauteur d'environ 90 cm. Photo F. Tomio
Ornement de la toiture du temple: acrotère en bronze doré d'une hauteur d'environ 90 cm. Photo F. Tomio

Un décor fastueux

Le temple de la Grange des Dîmes se distingue par une ornementation particulièrement soignée, composée de colonnes corinthiennes aux fûts cannelés et de chapiteaux à feuilles d'acanthe, d'un entablement de style classique et d'un mur de couronnement au niveau du toit (attika). Des médaillons représentant des divinités, telles que Jupiter-Ammon et Acheloos, un motif directement inspiré des monuments impériaux de Rome, en ornent les faces.

Des couleurs mettaient en valeur les motifs décoratifs – guirlandes, fruits ou encore feuillages – comme l’attestent les traces de polychromie sur les blocs sculptés, tandis qu’un acrotère en bronze doré couronnait la toiture.

Au premier plan, les bases de colonnes du baldaquin. Au second plan, le soubassement des marches d'escaliers en pierre
Au premier plan, les bases de colonnes du baldaquin. Au second plan, le soubassement des marches d'escaliers en pierre

Un vaste quartier sacré

Au pied de l’escalier du temple se dressent également un autel, un puits sacré et un baldaquin en pierre qui, supporté par quatre colonnes dont les bases sont encore visibles dans le terrain, protégeait sans doute une statue.

Cet ensemble ne se limite pas à un seul édifice, mais fait partie d'un très vaste complexe religieux. À proximité immédiate se trouvent en effet deux autres édifices: le temple rond sur le flanc de la colline, et un temple quadrangulaire situé au lieu-dit Derrière la Tour, tous deux mis au jour à partir de 1992.

Bloc de calcaire blanc orné d'un médaillon représentant Jupiter-Amon (hauteur 1,20 m)
Bloc de calcaire blanc orné d'un médaillon représentant Jupiter-Amon (hauteur 1,20 m)

Les dieux du sanctuaire

Les divinités honorées témoignent d'un mélange entre tradition locale et religion romaine. On y vénère notamment Mercure Cissonius, dieu gaulois romanisé, protecteur des voyageurs et des marchands, peut-être lié aux Lugoves, divinités celtiques liées au commerce.

La représentation de Jupiter-Amon (le maître des dieux romains associé au dieu égyptien du soleil sous sa forme de bélier) visible sur les décors du temple illustre elle aussi cette rencontre entre influences romaines, propagande impériale et adaptations locales de cultes venus de Rome.