Fouilles archéologiques

Actualité des fouilles

Automne 2019

Découvertes exceptionnelles dans l’antique quartier de l’insula 3

Entre les mois de mars et septembre de cette année, une importante équipe d’archéologues a été mobilisée pour la réalisation d’une fouille préventive d’envergure sur une parcelle qui verra prochainement la construction d’un pôle médical. D’une surface de près de 800 m2, la zone impactée est située dans la partie sud de l’insula 3, en bordure de la rue qui la sépare de l’insula 9, un quartier d’habitation archéologiquement encore peu connu. Les importantes investigations archéologiques menées à proximité dans les années 2000, notamment sous le centre commercial de la Migros, mais surtout à l’emplacement de la centrale du chauffage à distance, avaient déjà révélé la présence dans ce secteur de grandes et luxueuses demeures romaines, laissant présager un sous-sol dense en vestiges archéologiques. La richesse de la domus mise au jour cette année était en réalité déjà pressentie puisqu’une fouille menée dans le sud de ladite parcelle vers la fin des années 1970 avait révélé des sols en béton de belle qualité, ainsi que des parois avec des restes de peintures murales encore conservées. Outre la vérification du calage topographique des vestiges de 1970, l’intervention de 2019 a permis de compléter partiellement le plan de cette vaste demeure, avec ses mutations architecturales et fonctionnelles entre le Ier et le IIIe s. ap. J.-C. et la découverte d’une zone artisanale dont la fonction reste encore à définir. La mise en phase des structures et les études de mobilier ne faisant que débuter, les résultats présentés dans cette actualité sont préliminaires.

Des traces de l’âge du Bronze
L’excavation de grande profondeur dictée par l’aménagement de caves sous le futur bâtiment a révélé, au sommet des sables naturels, un paléosol sur lequel quelques concentrations charbonneuses éparses et des tessons de céramique à pâte grossière étaient dispersés. La découverte d’une pointe de lance à ailettes en alliage cuivreux fait remonter cet horizon à l’âge du Bronze, pour l’instant sans plus de précision. Aucun aménagement de type trous de poteau pouvant appartenir à des constructions en bois n’est attesté, bien que cette couche ait été décapée sur la totalité de la surface. Une tache informe rubéfiée incluant quelques galets éclatés au feu est le seul témoignage concret d’une occupation, vraisemblablement épisodique.

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Insula 3 (2019). Situation (en bleu) de la parcelle investiguée en 2019 et plan des vestiges connus dans l’insula 3 et à son voisinage

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Insula 3 (2019). Pointe de lance en alliage cuivreux de l’âge du Bronze

Un premier bâtiment associé à une activité artisanale
Les vestiges romains sont stratigraphiquement séparés de l’horizon ancien par une épaisse colluvion naturelle. Un premier bâtiment à ossature en bois reposant sur de gros boulets dont les murs étaient montés en torchis et déjà décorés de peinture murale, a été repéré dans la partie sud de la fouille. Des sols en terre battue forment les niveaux de circulation auxquels sont associés des foyers sur sole en tegulae. Si la fonction de ce bâtiment n’est pas encore déterminée, il entretenait certainement un lien étroit avec les activités artisanales qui se développaient à l’arrière. En effet, plus d’une dizaine de cuves circulaires (diamètre moyen de 80 cm), ovales et quadrangulaires (de 1 à 4 m de côtés) ont été mises au jour. Certaines communiquent entres elles par d’étroits canaux utilisés soit pour la vidange ou le curage de ces structures, soit pour les alimenter en eau. Le ravitaillement devait peut-être se faire en partie depuis un puits découvert à quelques mètres. Quatre de ces structures ont conservé leur cuvelage en bois, fait de branchages tressées (clayonnage) ou de tonneaux en réemploi. En outre, un plancher utilisé comme aire de travail (à moins qu’il s’agisse d’une partie d’un tonneau démantelé) a été découvert presque intact au contact de l’une d’elles. Ni la fonction exacte, ni la contemporanéité de ces cuves ne sont pour le moment établies. Cependant, l’utilisation d’eau en quantité importante dans un système de structures interconnectées sur différents paliers altimétriques laisse envisager plusieurs types d’artisanat, parmi lesquels la tannerie, la vannerie ou la foulonnerie. En effet, dans le cadre de ces activités artisanales, des petits bassins sont respectivement utilisés pour le trempage et le traitement des peaux, pour le rouissage de branches, pour le lavage de la laine ou la teinture des tissus, etc. Des analyses chimiques sont en cours sur des prélèvements de sédiments, qui seront couplées avec des études palynologiques et carpologiques. Ces études spécialisées vont tenter de déceler un marqueur spécifique qui pourrait éventuellement préciser l’un ou l’autre de ces artisanats. Enfin, l’analyse dendrochronologique des bois conservés permettra, on l’espère, de caler chronologiquement les activités de cet atelier, unique dans la région et exceptionnellement bien conservé.

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Insula 3 (2019). Plan de la première phase des vestiges romains avec un bâtiment à architecture en bois reposant sur de gros boulets situé en bordure de voirie et un atelier se développant à l’arrière

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Insula 3 (2019). Coupe du puits constitué de deux tonneaux superposés; seul le tonneau inférieur était bien conservé

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Insula 3 (2019). Une des cinq cuves circulaires dont les parois sont constituées d’un tonneau sans fond, et au contact de laquelle est aménagé une sorte de «plancher» en bois

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Insula 3 (2019). Vue générale de la zone de l’atelier montrant le système complexe de cuves et de fosses se déployant selon un axe sud-est - nord-ouest et en paliers successifs

Une riche domus
Le bâtiment sis en bordure de rue connaîtra plusieurs transformation tout au long des Ier et IIe s. ap. J.-C. se traduisant par un agrandissement progressif de la surface au sol et une réorganisation de ses pièces intérieures. Les vestiges se rattachant à l’état le plus récent comprennent une série de locaux se développant en terrasse, comme le montre la différence d’altitude de près d’un mètre entre la partie sud de la maison et sa zone médiane. Ces pièces sont pour la grande majorité pourvues d’un sol en mortier de chaux et de peintures murales richement décorées. Une pièce tempérée par un système de chauffage au sol (L 13) a également été dégagée dans la zone haute de l’habitation. De plus, une grande cour-jardin à ciel ouvert (L 6) se distingue au centre du plan. Un couloir en «L » (L 8) ceinture cet espace extérieur jusqu’à aboutir à un grand local (L 19) de 42 m2. Plusieurs fragments de placage de marbre importé ont notamment été trouvés, témoignant d’une décoration pariétale de belle qualité. Un couloir secondaire (L 15), débouchant sur des escaliers, permet la circulation entre la partie sud de la demeure et la partie centrale. Un hypothétique portique (L 2) ferme l’extrémité nord de la demeure. Il s’ouvrirait sur un jardin (L 1), dont seule une petite partie a été fouillée. Enfin, plusieurs canalisations d’évacuation d’eau ont été observées vers l’extrémité nord de la fouille, dont quatre avec un canal maçonné doté d’un fond de tuiles posées à plat. L’importante quantité et diversité de mobilier exhumé durant cette intervention manifeste également la prospérité des propriétaires de la demeure. Près de cinq cents objets, parmi lesquels une vingtaine d’artefacts se rattachant au domaine militaire, dont deux glaives (un avec un pommeau en ivoire) et de nombreux éléments d’harnachement, ainsi que plusieurs milliers de tessons de céramique ont été mis au jour.

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Insula 3 (2019). Vue par drone, depuis le nord, des vestiges de l’état maçonné le plus récent

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Insula 3 (2019). Plan schématique de l’état le plus récent de la domus, avec attribution fonctionnelle des locaux et des espaces

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Insula 3 (2019). Détail sur des fragments de peinture murale richement décorée, en démolition

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Insula 3 (2019). Canalisation maçonnées d’évacuation d’eau traversant les maçonneries du portique septentrional

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Insula 3 (2019). Epées, pointe de lance et éléments de décoration de harnachement associés au domaine militaire trouvés sur les sols de l’état maçonné le plus récent

En parallèle de cet important chantier, à l’autre bout d’Avenches, des fouilles préventives de durées et d’emprises plus réduites ont été menées en deux secteurs du site à l’ouest de la colline.

Collège de Sous-Ville
La poursuite des travaux d’agrandissement du collège de Sous-Ville, situé sur le flanc nord-ouest de la colline d’Avenches, a entrainé des terrassements sur une surface d’environ 1300 m2 pour la construction d’une nouvelle école primaire en lieu et place de deux courts de tennis. Le suivi du décapage par les archéologues a montré que l’intégralité de la parcelle avait déjà été passablement perturbée lors de la construction dans les années 1970 de l’actuel collège et que probablement à la même époque un épais remblai avait été déposé pour le nivellement nécessaire à l’aménagement des courts de tennis. Plusieurs fonds de structures en creux ont néanmoins été repérés. Celles-ci donnent de précieux compléments d’information sur l’habitat gaulois de ce secteur qui, on le voit fouilles après fouilles, prend de l’importance sur ce versant de la colline. Trois d’entre elles, dont un cellier, ont livré un important mobilier céramique qui permet de les dater aux alentours de 100 av. J.-C. En outre, l’abondante quantité de petits fragments de torchis brûlés portant des empreintes de clayonnage trouvés dans les comblements laisse supposer une architecture domestique de terre et de bois. L’emploi systématique d’un détecteur à métaux a permis de récolter dans les remblais modernes, ainsi que dans la faible épaisseur de couche encore en place un abondant mobilier, bien qu’en majorité en position secondaire et chronologiquement mélangé. On compte 40 petits objets inventoriés et 61 monnaies datées des époques médiévale, romaine et de la fin de l’âge du Fer.

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Sous-Ville (2019). L’apparition des quelques structures d’époque laténienne se situe directement sous la couche «noire» qui correspond au niveau de circulation des engins et des camions lors de la construction du collège dans les années 1970. Au-dessus, on observe un très épais remblai de nivellement

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Sous-Ville (2019). La fosse-cellier en cours de fouille avec les restes d’un grand récipient à pâte grossière reposant sur le fond de la structure

Site de l’ancienne brocante d’Avenches
(cf. actualité printemps-automne 2018)
Les derniers travaux d’équipement des trois locatifs construits entre 2018 et 2019 à l’emplacement de l’ancienne brocante d’Avenches a nécessité un suivi systématique du creusement des tranchées (réseau d’eau et d’électricité, raccordement au thermoréseau et bassin de rétention des eaux de ruissellement). Les travaux de cette étape ont été très morcelés et se sont étendus sur plusieurs mois. L’étroitesse des tranchées, de même que leurs profondeurs variant de quelques dizaines de centimètres à près de 1,50 m sous le tout-venant, n’ont pas facilité les observations et la documentation archéologiques. Malgré cela, les vestiges mis au jour nous apportent de nombreux compléments sur ce secteur périphérique d’Aventicum, notamment pour les époques gauloise et romaine. Au moins quatre fosses sont attribuées à La Tène finale par leur insertion stratigraphique et leur mobilier céramique. Une tombe à inhumation peut vraisemblablement être rattachée à la nécropole romaine de la porte de l’Ouest. De plus, plusieurs fragments de monuments funéraires en calcaire blanc très morcelés, principalement trouvés dans la partie orientale de la parcelle, peuvent être associés à ce cimetière. Parmi ceux-ci, on relèvera la remarquable et peu fréquente découverte de trois grands fragments de stèles figurant des défunts.

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Route de Lausanne 5-7. Plan des zones déjà fouillées en 2017 et 2018, ainsi que des tranchées effectuées en 2019 avec localisation des principales découvertes

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Route de Lausanne 5-7 (2019). Conditions de fouille particulièrement difficiles en raison de l’étroitesse et de la profondeur des tranchées

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Route de Lausanne 5-7 (2019). Le squelette gisait en position dorsale avec la tête au sud et la main sur la hanche. Deux fosses post-antiques ont fortement perturbé l’épaule gauche et le pied droit

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Route de Lausanne 5-7 (2019). Un des trois fragments de stèle funéraire retrouvé dans un remblai. Le visage est en très mauvais état de conservation, mais on reconnaît l’oreille gauche, la nuque et l’épaule gauche du personnage

Printemps 2019

Route du Faubourg 13

En prévision de l’installation d’une nouvelle citerne pour la station d’essence de la Route du Faubourg 13, une fouille préventive a été organisée en mars 2019, sur une surface relativement restreinte d’environ 75 m2 et sur une impressionnante profondeur de 4 m. L’intervention a mobilisé cinq archéologues durant huit semaines.
Située à moins de trente mètres de la mosaïque découverte l’année passée lors des travaux réalisés dans la chaussée de la route de contournement, cette zone a révélé une densité de vestiges exceptionnelle s’étendant sur près de quinze siècles d’histoire. Outre un grand fossé post-médiéval de près de 5 m de large et profond de 2,5 m, traversant d’est en ouest le secteur fouillé, les investigations dans cette aire voisine du cimetière avenchois ont permis la mise au jour de sept tombes médiévales et modernes, ainsi que deux murs appartenant au complexe cimétérial de l’ancienne église paroissiale de Saint-Martin. On peut de ce fait distinguer deux à trois phases d’utilisation de cette zone dont la vocation funéraire est attestée par les sources historiques au 15e siècle, mais qui est assurément bien antérieure.
Recoupés par plusieurs de ces tombes, les vestiges de la période romaine sont représentés par trois murs maçonnés servant d’appui à des élévations en matériaux légers, dont deux délimitent des locaux équipés en béton de chaux. De plus, une cour intérieure, dont le portique est matérialisé par deux tambours de colonne en molasse, a été identifiée au Nord-Ouest du sondage.
Enfin, sous les vestiges romains, à une profondeur de 3 m, une dizaine de structures en creux attestent de l’occupation de la zone à la fin de la période celtique, peu avant notre ère, et confirment de ce fait l’importance de l’agglomération gauloise dont l’étendue ne cesse de s’élargir depuis la découverte en 2014 de l’extraordinaire site du Faubourg (actualité internet printemps-automne 2014) situé à 150 m de là plus à l’ouest. Une vocation de stockage (silos et tonneaux) peut être proposée pour plusieurs grandes fosses circulaires, tandis qu’un foyer, deux sablières basses, ainsi que des trous de poteau attestent la présence d’un petit bâtiment en construction légère, à soubassement en bois et parois de torchis.

fig 0 Faubourg 13 plan situation
Route du Faubourg 13 (2019). Vue aérienne avec situation du chantier

fig 0 Faubourg 13 ambiance hivernale
Route du Faubourg 13 (2019). Les conditions climatiques changeantes et imprévisibles de la fin de l’hiver n’ont pas facilité l’intervention des archéologues

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Route du Faubourg 13 (2019). Vue générale du chantier en direction de la colline d’Avenches avec, au premier plan, un des murs médiévaux

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Route du Faubourg 13 (2019). Le grand fossé tardif, remblayé de maçonneries, vu de profil

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Route du Faubourg 13 (2019). Tombe médiévale implantée sur l’arase d’un mur romain

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Route du Faubourg 13 (2019). Vue générale du mur médiéval construit sur les maçonneries romaines sous-jacentes

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Route du Faubourg 13 (2019). Fond de la fouille avec les structures précoces vidées de leur comblement

Printemps-automne 2018

Le démarrage simultané début avril de plusieurs projets de construction a entraîné une mobilisation permanente des archéologues du Site et Musée romains d’Avenches sur le terrain. Rapide tour d’horizon de ces différents chantiers pour lesquels une quinzaine de collaborateurs auxiliaires ont été appelés en renforts.


Route de Lausanne 5-7

Au sud-ouest de la colline d’Avenches, la parcelle où s’élevait encore récemment l’ancienne grange du Paon, utilisée en dernier lieu comme brocante, a fait l’objet, dès août 2017, de plusieurs mois de fouilles qui ont permis d’enrichir notre connaissance de l’occupation pré-romaine du site. Hormis deux sépultures d’époque romaine et quelques aménagements contemporains du bâtiment du 17e s., l’intervention s’est en effet essentiellement concentrée sur des vestiges de la seconde moitié du 1er s. av. J.-C. Le principal élément de cette période est un chenal fossile exploré sur une douzaine de mètres. Cet ancien ruisseau dont le cours a varié au cours du temps présente divers aménagements destinés à en renforcer les berges, sous forme d’empierrements et d’éléments en bois relativement bien conservés, poteaux, piquets et planches. Quoique effectuée dans des conditions particulièrement difficiles (ce paléo-chenal draine aujourd’hui encore les eaux souterraines des coteaux voisins), la fouille a livré un assemblage tout à fait remarquable de mobilier tant céramique que métallique (nombreuses fibules et monnaies, situle en bronze, etc…) ou encore faunique (crânes de bovidés et de cheval), ainsi que la partie supérieure d’un crâne humain isolé. Différentes pièces de vannerie particulièrement bien conservées ont été mises au jour ainsi qu’une brosse qui pourrait être en relation avec un artisanat du textile. Des empreintes laissées par des bovidés autour de cuvettes creusées dans le terrain encaissant et alimentées par une déviation du ruisseau indiquent en outre que le lieu a servi occasionnellement de point d’eau pour le bétail.

Route de Lausanne 5-7. L’urne en verre de la tombe à incinération St 18 en cours de dégagement

Route de Lausanne 5-7. Vue vers l’ouest du local semi-enterré St 25

Route de Lausanne 5-7. Dégagement en cours d’une palissade constituée de branches tressées horizontalement sur une armature de piquets verticaux. Affaissée in situ sur la berge du chenal, cet aménagement pourrait être en relation avec la fréquentation du lieu par le bétail

Route de Lausanne 5-7. L’une des fibules en laiton du milieu du 1er s. avant notre ère repérées grâce à l’utilisation systématique et efficace d’un détecteur de métaux

Route de Lausanne 5-7. Prélèvement en bloc de deux pièces de vannerie et d’une brosse en cours de dégagement par le laboratoire conservation-restauration


Parking du Faubourg

Sur les autres chantiers, hormis quelques nouvelles structures en fosses repérées dans le secteur déjà exploité en 2016 et 2017 du collège municipal de Sous-Ville, c’est au sud-est de la colline cette fois-ci que sont apparus de nouveaux témoins d’une occupation antérieure à la ville romaine. Observés lors de travaux pour la création d’un parking sur un terrain voisin du cimetière qui n’avait jamais été fouillé jusqu’alors, il s’agit de plusieurs grandes fosses et fossés riches en mobilier (céramique, faune) que l’on peut mettre en relation avec un premier habitat en architecture de terre et de bois. Datées aux environs des années 40-20 du 1er s. av. J.-C., ces constructions ont été supplantées dans le courant du siècle suivant par des habitations établies selon la même orientation en bordure d’une rue qui se dirigeait vers la zone sacrée du Lavoëx. Bien conservés, ces vestiges qui comprennent notamment plusieurs sols de béton associés à des foyers relèvent de plusieurs phases d’occupation et apportent un éclairage tout à fait inédit sur l’urbanisation à l’époque romaine de cette région située hors des quartiers réguliers de la ville.

Parking du Faubourg. Fossé de la première phase d’occupation visible sous une maçonnerie romaine

Parking du Faubourg. Aperçu de la séquence stratigraphique observée dans l’un des sondages

Parking du Faubourg. Le plan très partiel des constructions alliant une élévation des parois en terre et bois et des fondations maçonnées pourra être confronté à celui des anomalies relevées sur cette parcelle en 2016 par prospection géophysique

 
Place de la Gare - Aventica

Les investigations menées sur une parcelle où s’élevaient jusqu’en été 2017 les bâtiments de l’ancienne usine Aventica (place de la Gare) marquent le retour des fouilles extensives en ville romaine. Cette opération qui aura mobilisé une dizaine d’archéologues auxiliaires durant sept mois, a permis l’exploration, en périphérie des quartiers antiques et à une centaine de mètres du mur d’enceinte, d’une zone d’env. 4000 m2 située au nord d’une rue large d’env. 7 m dans son état final. Alors que la fouille vient à peine de s’achever, un premier bilan très général fait état de trois ou quatre grandes phases d’occupation dont la plus ancienne ne semble pas antérieure au 1er siècle de notre ère. Elle comprend essentiellement des bâtiments en terre et en bois associés à de nombreuses fosses ainsi que quelques puits et foyers. Le plan de cette première période laisse deviner une subdivision des surfaces en plusieurs parcelles qui sera partiellement maintenue par la suite. Suivent une ou deux phases de constructions en architecture mixte (parois légères sur fondations maçonnées), dont certaines des pièces, aux sols de terre battue ou en béton de chaux, étaient ornées d’un revêtement mural peint de grande qualité. Les constructions maçonnées du dernier état correspondent à plusieurs corps de bâtiments dont la façade se développe côté rue sur près de 70 m. Des pièces chauffées par hypocauste et des locaux dotés de sols de béton caractérisent les parties les mieux conservées de ces édifices à l’arrière desquels des espaces ouverts étaient occupés par des constructions sur poteaux pouvant abriter des activités domestiques ou artisanales.

Place de la Gare – Aventica. Vue partielle du chantier en cours

Place de la Gare – Aventica. Les traces laissées par les premières constructions établies dans le secteur sont bien visibles dans le terrain encaissant. Leur plan les apparente à des édifices à vocation utilitaire de type «horrea» (entrepôts)

Place de la Gare – Aventica. Plusieurs puits en pierre ou, comme ici, constitués de deux tonneaux superposés implantés dans les sables formant le substrat naturel, ont été mis au jour sur la parcelle fouillée

Place de la Gare - Aventica. L’un des foyers contemporains des bâtiments maçonnés mis au jour

 
Route de contournement d’Avenches (RC 601)

Les travaux nécessitant l’ouverture d’une tranchée longue de 550 m dans la chaussée sud de la route de contournement d’Avenches ont fait l’objet depuis début avril d’un suivi archéologique continu visant à préciser et compléter les observations faites au début des années 1960 lors de l’élargissement de l’ancienne route du Faubourg.

Le quartier des sanctuaires
Près de l’intersection avec l’Avenue Jomini, d’imposantes maçonneries ont été exhumées de part et d’autre du decumanus maximus, principale voie conduisant à la ville depuis l’ouest. Il s’agit d’une section du mur d’enclos du temple de la Grange des Dîmes, et, lui faisant face, des fondations massives d’un bâtiment à double galerie ou portique qui longeait la chaussée romaine sur env. 150 m de longueur.

Route de contournement. Les larges fondations maçonnées de l’édifice à galeries faisant face à l’enclos du temple de la Grange des Dîmes

La voirie
La chaussée romaine qui contournait la colline par le sud-est et dont le tracé a été déterminé par une voie pré-romaine (fouilles du Faubourg 2014) a été recoupée en plusieurs secteurs. Apparue par endroits à moins d'un mètre sous le coffre de la route de contournement, elle est constituée comme partout ailleurs à Aventicum de chapes de graviers et de galets qui se sont succédé sur une épaisseur pouvant atteindre plus de 1 m. Face au temple de la Grange des Dîmes, implantée sous ces niveaux de voirie une canalisation en plomb parfaitement conservée à son emplacement d’origine été dégagée sur plusieurs mètres. Grâce à l’ingéniosité et au savoir-faire du Laboratoire de conservation-restauration du SMRA, un segment long de 5,30 m de cette conduite de 6 cm de diamètre intérieur a pu être prélevé. La plus grande partie des objets en plomb ayant été systématiquement récupérés à la fin de l’Antiquité, cette découverte est tout à fait remarquable.

Route de contournement. La conduite en plomb lors de sa découverte

Route de contournement. Prélèvement de la conduite en plomb

Des sépultures du Haut Moyen Age
Les terrassements effectués à la hauteur du Chemin du Selley ont permis de repérer trois sépultures implantées au sommet des niveaux de route tardo-antiques. Entourées d’une bordure de moellons de calcaire jaune, elles s’apparentent à certaines des inhumations datées entre le 9e et le 11e siècle présentes en différents points du site d’Avenches, notamment aux abords du temple de la Grange des Dîmes, distant de 200 m.

Route de contournement. Seule l’une des trois tombes médiévales mises au jour a pu être fouillée dans son intégralité

Des édifices en bordure de rue
Plus loin, entre le quartier des sanctuaires entre l’entrée ouest de la ville, les vestiges de constructions établies au sud de la voie romaine ont été relevés à plusieurs reprises. La fenêtre d’observation de ces maçonneries et des niveaux de sols qui leur étaient associés était toutefois trop étroite pour permettre d’en esquisser le moindre plan. A l’évidence toutefois, on se trouve souvent en présence de bâtiments d’un certain standing. C’est notamment le cas à la hauteur de l’allée d’accès au cimetière, où plusieurs murs et sols de béton déjà signalés lors des fouilles des années 1960, ont été recoupés par les travaux, ainsi qu’une pièce chauffée par hypocauste.

Route de contournement. Restes d’une pièce chauffée partiellement dégagée à la hauteur de l’allée d’accès au cimetière

Une mosaïque exceptionnelle
C’est à quelques mètres à l’ouest de ce local, à 1,80 m de profondeur, qu’a été mise au jour une mosaïque d'un intérêt exceptionnel. Son bon état de conservation tient sans doute au fait qu’elle a été protégée par des aménagements d’une phase d’occupation plus tardive, qui comprend une petite pièce avec sol maçonné, voisine d’un local chauffé par le sol qui se développe sous la chaussée actuelle. Ce nouveau pavement associe de manière tout à fait originale et à ce jour sans parallèle connu, un tapis central d’une grande finesse d’exécution, décoré de motifs végétaux et géométriques riches en couleur, et une large bordure de tesselles jaunes parsemée de plaquettes en remploi de marbres colorés d’importation. Au centre de ce tapis de 1,55 m de côté, un médaillon circulaire met en évidence le motif principal du pavement : un récipient (canthare) sur lequel deux oiseaux sont perchés. Prélevée au terme d’une impressionnante opération menée avec brio par le Laboratoire de conservation-restauration, cette mosaïque s’impose d’ores et déjà comme une pièce unique au sein des collections du Musée.

Route de contournement. La mosaïque devait orner une petite pièce ou un couloir d’une maison donnant en façade sur la rue principale située à une vingtaine de mètres plus au nord

Route de contournement. Le tapis central de la mosaïque

Route de contournement. Nettoyage et consolidation partielle de la mosaïque en vue de son prélèvement

Site et Musée romains d'Avenches
Case postale 58
CH - 1580 Avenches
 
T : +41 (0)26 557 33 00
musee.romain@vd.ch
 
D'avril à septembre :
Mardi à dimanche - 10h à 17h
Ouvert les lundis de Pâques et de Pentecôte; ouvert tous les jours en juin
 
Octobre et de février à mars :
Mardi à dimanche - 14h à 17h
 
De novembre à janvier :
Mercredi à dimanche - 14h à 17h.
Fermé les 25, 26 et 31 décembre et les 1er et 2 janvier